mardi 29 avril 2014

23 aout 1905,Joanita ,15 ans, accouche seule dans le bois Harispea d'Ascarat

"Jeune fille à Irouleguy accouchée dans bois ce matin rentrée chez elle portant enfant mort présomption né viable autopsie semble nécessaire attend instructions,docteur Mendiboure pourrait y procéder "Télégramme
Pour St Palais de Baïgorry N° 45 Mots 34 Dépôt le 23/8 à 6h30 du s
Juge de paix Baïgorry à Procureur St Palais
















Dans cet article, j'ai jugé utile de masquer le nom de famille de Joanita .

Procès-verbal constatant des renseignements sur le décès d'un enfant nouveau né 

Gendarmerie Nationale
Cejourd'hui vingt-quatre aout mil neuf cent cinq à deux heures du soir (heure légale)
Nous soussignés,Ribes Jean Bertrand Maréchal des logis et Aranart Jean Pierre gendarme à pied à la résidence de St Etienne de Baïgorry département des Basses-Pyrénées , revêtus de notre uniforme et conformément aux ordres de nos chefs,étant en tournée,Monsieur le Maire d'Irouléguy nous a fait la déclaration suivante:
"Hier,23 aout courant,j'ai appris vers midi que XXXXX Joanita avait accouché d'un enfant,mort né dans la matinée,comme cette fille avait dissimulé sa grossesse,j'ai fait prévenir Monsieur le docteur Mendiboure afin qu'il visite le cadavre de cet enfant dans le cas où il y aurait crime.
De l'examen de ce praticien,il résulte qu'il n'a constaté aucune trace de violence
.
Signé Irigoyen

Nous nous sommes livrés à une à une enquête et nous avons à cet effet interrogé les personnes ci-après qui nous ont déclaré:
1°) Minhondo Gracieuse,femme Etcharren,âgée de 30 ans,ménagère à Irouleguy:
"Je me suis aperçue depuis quelque temps que la fille XXXX était en état de grossesse.Comme leur habitation se trouve écartée du bourg,je n'ai jamais eu l’occasion de causer avec elle,donc je ne puis rien vous dire au sujet de la mort de cet enfant.
Hier matin,vers huit heures,mon mari qui se trouvait dans un champ a aperçu cette fille dans un sentier venant d'Ascarat et se dirigeant vers la maison de ses parents.

Ne sait signer
2°) Etcharren,Gratien âgé de 41 ans ,propriétaire à Irouléguy
"Hier,23 aout courant,vers 8 heures du matin,j'ai vu passer la fille XXXX,venant de la direction d'Ascarat et se rendant chez elle.Comme le champ où je me trouvais est clôturé par un mur ,je n'ai pu lui voir que la tête,donc j'ignore si elle portait quelque chose dans ses mains"
Ne sait signer
3°) Etcheverry Pierre,âgé de 17 ans,domestique à Irouléguy:
"Hier matin,vers 8 heures,j'ai rencontré la fille XXXX.portant dans sa main un panier,je lui ai demandé d'où elle venait si de bonne heure,elle m'a répondu:"je viens de St Jean pied de Port"Elle marchait vite et je n'ai rien remarqué d'anormal chez elle"
Signé Etcheverry
4°) Essart,Mikaëla femme XXXX âgée de 43 ans,ménagère à Irouléguy
"Ma fille était placée depuis deux ans à St Michel chez Iparsa quartier Sarau.Le mois d'avril dernier,sa patronne l'a renvoyée disant qu'elle était enceinte.Aussitôt son retour à la maison je l'ai faite visiter par Monsieur Rousset médecin à Ispoure qui n'a pas voulu me dire si ma fille était oui ou non enceinte,mais m'a conseillé de la garder à la maison.
Depuis lors,je lui ai à maintes reprises demandé si elle était réellement enceinte,elle m'a toujours répondu négativement.
Hier matin,elle est partie de la maison vers 6 heures après avoir pris son café pour se rendre à son travail à Saint-Jean-Pied-de-Port chez Mme Barnetche.Vers huit heures elle est revenue portant dans le panier un enfant mort du sexe masculin.Je lui ai demandé ce qu'elle avait fait,elle m'a répondu qu'elle avait accouché et que l'enfant était mort naturellement.Immédiatement je suis partie trouver M.le curé qui dit que lui même ferait le nécessaire auprès de M.le Maire afin de faire visiter cet enfant
"
Ne sait signer
5°) XXXX.Joanita,âgée de 15 ans apprentie couturière à Iroulégen, née à Montévidéo (Amérique) le 8 avril 1898,fille d'Urbain et de Mikaela Essart
"Hier matin,23 ans courant,vers 6 heures je suis partie à l'atelier à St Jean Pied de Port ou j'apprends de couturière chez Mme Barnetche femme d'un douanier en retraite.Avant de partir,j'ai pris une tasse de café comme d'habitude.Après avoir fait environ un kilomètre,je me suis sentie malade,comme il n'y avait aucune maison à proximité , ,j'ai quitté la route et suis passée dans un taillis où je me suis appuyée contre un châtaigner.J'ai eu de violentes douleurs et même je me suis évanouie.Après être revenue à moi,j'ai ramassé un enfant l'ayant pris dans mes bras,j'ai vu qu'il était mort.Je l'ai enveloppé dans une serviette où j'avais mon déjeuner et mis dans un panier,puis je suis rentrée à la maison où je suis arrivée vers 8 heures.
Craignant d’être battue par mes parents,je leur ai toujours caché mon état de grossesse.Jamais je n'ai eu l'idée de faire disparaitre mon enfant
"
Ne sait signer
Monsieur le médecin légiste,requis par Monsieur le Procureur de la République étant arrivé à Irouleguy a fait l'autopsie du cadavre et a déclaré que l'enfant quoique né viable était mort naturellement faute de soins.
En foi de quoi nous avons rédigé le présent procès verbal en deux expéditions destinées la 1 ere à Monsieur le Procureur de la République à St Palais et la 2eme à M.le Lieutenant commandant la gendarmerie de l'arrondissement etc.

Rapport médical

 (extraits)

Le 24 aout 1905,en vertu d'une ordonnance de monsieur Sarthou juge d'instruction de l'arrondissement de Saint Palais (Basses-Pyrénées) je soussigné Dr Morbieu membre correspondant de la Société de Médecine Légale de France,me suis transporté à Irouléguy,canton deSt Etienne de Baïgorry pour procéder après serment préalable à l'autopsie du cadavre de l'enfant de la nommée Juanita XXXX.Il s'agit de rechercher si cet enfant est un nouveau né ,à combien de temps remonte sa naissance,s'il a vécu et s'il paraissait dans de bonnes conditions de viabilité,s'il était à terme et quelles sont les causes de la mort.
Il faudra aussi déterminer si l'inculpée est récemment accouchée,et dans l'affirmative si son accouchement se rapporte à la naissance de l'enfant.

Le petit cadavre est celui d'un enfant du sexe masculin bien développé pesant 3 kilogs 200 et mesurant 52 centimètres (...)
Le cordon ombilical est irrégulièrement rompu à un centimètre de son insertion fœtale et les vaisseaux qui le composent rétractés de sorte que l’hémorragie n'a pas pu être de ce fait abondante et n'est pour rien dans la mort Cette rupture au lieu de la section nette à l'aide d'un instrument tranchant qui est la règle dans l'accouchement normal indique l'absence de tout soin,soit que la mère comme elle le prétend  fut ignorante de ce qu'il y avait à faire,soit se croyant encore éloignée du terme de sa grossesse qu'elle n'avait pas avouée à sa famille,elle se soit laissé surprendre par les douleurs de l'enfantement loin de son domicile et dans l'impossibilité de recevoir des secours.(...)Mais il y a eu lieu de faire observer que la version de la mère n'est pas admissible lorsqu'elle dit que la rupture du cordon s'est produite sous l'influence de la chute du corps de l'enfant,l'accouchement ayant lieu debout:les expériences de Négrier rapportées dans le dictionnaire de Jaccoud (art,infanticide) ne laissent aucun doute à cet égard.Le cordon a été rompu par des tractions énergiques.
Le crane ne présente aucune fracture et les méninges ainsi que le cerveau sont indemnes de toute lésion.
La mère est une jeune fille de quinze ans forte et en bonne constitution.(...)
Conclusions:
1°) L'enfant soumis à notre examen est un nourrisson né (...)
2°) Il est né vivant (...)
3°) Il était à terme (poids:3 kilogs.200 grammes-longueur :52 centimètres)
4°) Il a vécu de 10 à 15 minutes (...)
5°) Les causes de la mort ne sont pas celles que l'on trouve habituellement dans l'infanticide :on ne constate ni empreintes digitales sur le cou,ni traces de compression du nez ou des lèvres,ni fracture du crane  (...) mais d'autre part l'enfant n'a reçu aucun soin comme le prouve la rupture du cordon ombilical ;il est resté nu pendant une ou deux heures par une matinée fraiche et brumeuse  et a été rapporté dans cet état par sa mère au domicile de la famille.
Cette absence complète de soins,l'exposition du corps à un froid assez vif paraissent  (...) être la cause de la mort de l'enfant
6°) D'après les symptômes présentées par la mère il y a lieu de rapporter son accouchement à la naissance de l'enfant.
Saint Palais ,29 aout 1905.

Interrogatoire

(extraits)
petite écriture, parfois difficile à déchiffrer
L'an mil neuf cent cinq
le quinze septembre à onze heures du matin
Devant nous ,Albert Larre,Juge de paix du canton de St Etienne de Baïgorry, arrondissement de Mauléon département des Basses-Pyrénées,officier de police Judiciaire ,auxiliaire de M.le Procureur de la République,assisté de M. Jean Baptiste Etcheverry greffier:
A comparu la ci-après nommée déférant à notre mandat de comparution à celle notifié par M.le Maire d'Irouleguy.
La quelle enquise de ses noms,prénoms,age,état ou profession,domicile,date et lieu de naissance ,ainsi que des autres énonciations touchant son état civil et sa famille,a fourni les indications suivantes:
Nom XXXX prénom Joanita
profession d'apprentie couturière âgée de 15 ans,demeurant à Irouleguy, née le 8 avril 1890 à Montevidéo (Amérique) fille de XXXX Urbain et de Essart Micaela,célibataire
(...)
Après avoir avoir ainsi constaté l'identité de la comparante,nous lui avons fait connaître les faits qui lui sont imputés et lui avons déclaré qu'en conséquence il est instruit à son égard du chef d'avoir à Irouléguy,le vingt trois aout mil neuf cent cinq en tout cas,depuis un temps non couvert par la prescription,volontairement donné la mort à un enfant nouveau né
Nous l'avons ensuite averti qu'elle est libre de ne faire aucune déclaration :elle a dit vouloir répondre et nous a fait la déclaration suivante:
Je suis restée placée comme domestique à Çaro ,dans la maison Iphage pendant deux ans et demi.Ma maitresse m'envoyait souvent à la fontaine faire de la savonnade.Un jour,un jeune militaire de la garnison de St Jean Pied de Port ,que je ne connaissais pas,et dont j'ignore encore le nom,m'y rencontre.Nous échangeons quelques paroles.Peu de temps après,il m'y trouve encore.Il commença à me caresser, Il sans savoir presque ce que je faisais,il me coucha par terre et profita de moi à quatre ou cinq reprises.Je le retrouvais encore au même endroit et je cédais à ses désirs. A maintes reprises je lui demandais son nom.Il me répondait qu'il me aurait donné son adresse à son départ.Mais il ne l'a jamais fait .
(...)

"Ma fille Joanita,âgée de quinze ans,est restée pendant deux ans et demi comme domestique (...)
au mois d'avril dernier,on me l'avait renvoyée;sa maitresse prétendant qu'elle paraissait être enceinte.Mais ma fille n'en convenait pas.
Prise de crainte,je l'envoyai un jour avec une voisine chez le docteur Rousset à Saint Jean Pied de Port.Le docteur me fit dire de bien soigner ma fille et de la garder à la maison  sans ajouter cependant qu'elle était enceinte.
A maintes reprises,j'ai interrogé ma fille sur son état car j'avais remarqué la suppression de règles.Mais elle se contentait toujours de répondre que le temps le dirait.Depuis deux mois je l'envoyais en apprentissage à Saint Jean Pied de Port,chez la dame Barnetche,couturière.
Hier matin,23 aout,elle est partie ,comme d'habitude,vers les six heures,après avoir pris son café,pour se rendre à son atelier.
Grande a été ma surprise de la voir revenir à la maison tôt après huit heures.Frappée de sa pâleur,je lui ai demandé le motif de son retour.Alors,en pleurant,elle m'a déclaré qu'elle venait d'accoucher dans le bois de Harispea d'Ascarat,que l'accouchement avait eu lieu debout,qu'elle s'était évanouie et que,lorsqu'elle était revenue à elle,elle avait pris dans ses bras l'enfant qui ne donnait pas signe de vie ;l'avait entouré d'un linge et placé dans le panier où elle portait son manger.
En effet,j'ouvris le panier,et constatait que l'enfant ne respirait pas.
Le  _ grand_ père,XXXX Urbain,étant absent,nous n'avons pu recevoir sa déposition.
(...)


Note du docteur A Morbieu à Monsieur Sarthou juge d'instruction
Saint Palais 20 septembre 1905
1°) Il est possible que la fille XXXX..n'ait ressenti les douleurs de l'enfantement qu'après être sortie de chez elle.
2°) Il est possible qu'elle ait eu une syncope,mais il est certain qu'elle a rompu le cordon ombilical, à l'aide de tractions (...) et en ce moment il n'y avait pas d'état syncopal.
Sentiments très distingués

Ce dossier est consultable au Pôle de Bayonne et du Pays Basque 39 avenue Duvergier de Hauranne 64100 Bayonne sous la cote 3 U 5 art 861 Tribunal de première instance de St-Palais (1905).