samedi 24 mai 2014

Extraits d' archives du tribunal de grande instance de Bayonne ;année 1944

Boucau,Bayonne, Hendaye ;4 témoignages, extraits des archives du tribunal de Grande Instance de Bayonne ,année 1944.
  • J'ai masqué les noms et adresses des personnes impliquées.
  • Les dossiers cités dans cet article sont consultables sous la cote 1027 W art 18 Tribunal de Grande Instance de Bayonne.(Pôle de Bayonne et du Pays Basque-AD 64). 
  • Attention, les archives liées à l'Occupation et à la Libération dans les Basses-Pyrénées  sont dispersées à travers plusieurs sites ; Pau,Mont-de-Marsan,Bayonne,Pierrefitte-sur-Seine etc .En outre, les archives ne sont pas toutes communicables immédiatement.C'est pourquoi il est prudent de consulter sur le site de la CADA (Commission d'accès aux documents administratifs) les délais de communicabilité des archives publiques Et de se renseigner préalablement par téléphone et ou par courriel  auprès des établissements d'archives (perturbations à Pau et Mont-de-Marsan)
  • Les coupures de presse qui illustrent cet article, sont des découpages de photographies numériques du journal Sud-Ouest La Presse, provenant de la collection de la Médiathèque de Bayonne (Cote J48 Année 1944).


 "et l'opinion publique semble satisfaite de la tonsure 
qui lui a été infligée."
Le secrétaire de Police à Monsieur le Commissaire de Police du Boucau.14 septembre 1944


Monsieur le Procureur de la République
Près le tribunal civil de Bayonne
Le 22 aout j'ai été assaillie dans la maison ...... chez une amie Mme Veuve D rue de......Le Boucau.
Dans le groupe de mes agresseurs qui m'ont brutalisé déchiré mes vêtements,coupé les cheveux,j'en ai ai reconnu quelques uns qui sont :C........fils habitant la barrière D.....fils habitant maison ..... D.... ouvrier aux forges habitant rue de.....Le Boucau.
Donc je vous prierai monsieur le Procureur de faire le nécessaire à seule fin que justice s'ensuive.
Dans l'attente daignez recevoir monsieur le Procureur l'assurance de mon profond respect.
S........F........

L'an mil neuf quarante quarante quatre le 1 er septembre ,nous B L ,Commissaire de Police Chef de Circonscription de Boucau officier de Police Judiciaire,auxiliaire de Monsieur le Procureur de l’État Français agissant en vertu des instructions de Monsieur le Procureur de la République à Bayonne,en date du 29/8/44 ,et vu le dossier à nous communiqué,faisons comparaitre et entendons Mademoiselle F........ S.......,dt rue de .....à Boucau,qui déclare:
Le 22 aout 1944,vers 17 heures alors que je me trouvais chez Madame Vve D....,rue de ....à Boucau,un groupe de jeunes gens parmi lesquels j'ai reconnu ,le fils de M. C dt à la ....,D dt mon F rue de .....et M.D ouvrier des Forges dt rue de ...à Boucau,ont pénétré dans la demeure de cette dernière,et m'ont conduite de force dans la rue,en me brutalisant.
Arrivée au milieu de la chaussée,le fils C.......  à l'aide d'une paire de ciseaux,m'a coupé les cheveux;en suite,je ne puis vous préciser qui,un des jeunes gens,m'a passé la tondeuse sur la tête.
J'estime que ma conduite ayant été irréprochable ,quoique travaillant pour le compte des troupes d'occupation,ces jeunes gens n'avaient pas à me couper les cheveux,et je dépose entre vos mains contre eux une plainte en voie de faits et violences.
Lecture faite persiste et signe;

En ce jour,5 septembre mil neuf cent quarante quatre,continuons notre enquête,
faisons comparaitre et entendons C.....    ,demeurant à Boucau,place .....qui déclare:
"Je me nomme C.......E....... ,j'ai 16 ans et suis fils de ........je suis étudiant ,et je demeure  à Boucau,Place ......Je n'ai jamais été condamné.
La déclaration de Mlle F........  est mensongère,car je ne l'ai ni brutalisée ni je ne lui ai coupé les cheveux.
Il est exact que je suivais comme beaucoup d'autres,le cortège des personnes qui tondaient les femmes ayant eu des relations avec les Allemands.Je nie catégoriquement avoir tondu et même touché Mlle F......
Lecture faite persiste et signe

De même suite faisons comparaitre et entendons,M D....G...qui,sur interpellations successives ,déclare:
"Je me nomme D......G.......,né le 9 mars 1928 à Boucau,fils de ......,,j'exerce la profession de .....et je demeure ....à Boucau.
Je déclare ne pas avoir pris part à la coupe de cheveux subie par Mlle F.
Il est vrai que je me trouvais au premier rang pour assister à cette opération,c'est sans doute pour cela que cette personne m' a désigné.
Je ne puis vous fournir d'indications sur la personne qui a effectué cette mutilation sur la plaignante.
Lecture faite persiste et signe.

Continuant notre enquête,faisons comparaitre et entendons le nommé D.... P...... ,qui sur interpellations successives déclare:
"Je me nomme .....,né le 23 février 1919 à Bayonne,fils de Guillaume et de Marie Etcheverry;je suis ouvrier aux forges de l'Adour;je demeure rue de ....à Boucau;je suis marié et père d'un enfant de 5 mois;je fais partie du recrutement de Pau,N° Mle 740,classe 39;je sais lire et écrire et je n'ai jamais été condamné.
Je reconnais avoir coupé les cheveux à la fille F....... et je n'ai aucun regret de mon acte.Je nie toutefois l'avoir brutalisée.Je suis ancien prisonnier de guerre et j'ai été libéré le 6 juin 1943;c'est surtout pour cette raison que j'ai voulu tondre les femmes qui avaient eu une mauvaise conduite avec les boches.
Lecture faite persiste et signe.

Boucau le 14 septembre 1944
Rapport
Le secrétaire de Police à Monsieur le Commissaire de Police du Boucau.
J'ai l'honneur de vous rendre compte du résultat de l’enquête à laquelle j'ai procédé,concernant la nommée F......S........
Des renseignements recueillis,il résulte que la sus-nommée avait une très mauvaise conduite,elle recevait souvent des Allemands chez elle,notamment le soir.
Tous ses voisins sont unanimes à déclarer qu'elle n'a cessé de fréquenter les Allemands depuis l'occupation,et l'opinion publique semble satisfaite de la tonsure qui lui a été infligée.


"....rue Victor Hugo,je viens de voir exposée au public à la devanture du Parti Communiste la photo de ma fille  
avec les "Kollaborateurs et Miliciens bayonnais"
Bayonne le 23 septembre 1944
Monsieur le Procureur

A l'instant,à mon passage rue Victor Hugo,je viens de voir exposée au public à la devanture du Parti Communiste la photo de ma fille XXXX avec les "Kollaborateurs et Miliciens bayonnais "
Or ma fille n'a jamais appartenu a aucun société politique ni privée.Elle suit encore à l'heure actuelle les cours de sténo de Melle Toussaint au cours ménager et en particulier.Elle suit également les cours d'Espagnol de Melle Sabatier et les cours d'anglais de Mme Dupuis.Elle a toujours chez elle une machine à écrire pour conserver son doigté (...)
Le Boucau 28 aout 1944
Monsieur le Procureur de la République
Près le Tribunal civil de Bayonne (B P)
Monsieur

Bayonne  le 29 septembre 1944
Rapport
Le Commissaire de Police,Chef de la Section Judiciaire,à Monsieur le Procureur de la République à Bayonne.
J'ai l'honneur de vous retourner la pièce ci-jointe,en vous faisant connaitre ce qui suit:
Il est exact que la photographie de la nommée XXX est exposée à la vitrine du bureau du Parti Communiste ,de la rue Victor Hugo,avec de nombreuses photographies de "collaborateurs". Les dirigeants de ce Parti questionnés,à ce sujet l'ont reconnu volontiers et ont déclaré que la photographie de la jeune fille en question ,avait été trouvée par eux,au siège de la Milice.Ils ont ajouté que le jour où les miliciens distribuaient de la viande,aux halles de Bayonne,la sus-nommée XXX portait le brassard de Milicienne et les aidait.
Des renseignements recueillis à Anglet,autour de Melle XXX,il résulte également que celle-ci passe là-bas pour être "Collaboratrice"L’enquête a révélé également que Melle XXX et sa mère ont logé chez elles des allemands et qu'elles s'entendaient très bien avec eux.D'autre part l’enquête a confirmé que Mlle XXX servait de dactylo aux miliciens,lorsque ceux--ci distribuaient de la viande aux halles.
Melle XXX est en partie excusable parce que un peu anormale,au point de vue mental,et aussi très jeune (19 ans).
Quoi qu'il en soit,les dirigeants du Parti Communiste de la rue Victor Hugo,la tiennent pour une collaboratrice et voudraient en ce qui concerne la photo,lui faire le même sort qu'aux autres.


Le Sud-Ouest La Presse 31/07/1944 Coll Médiathèque de Bayonne-J 48

Le Sud-Ouest La Presse 01/8/1944 Coll Médiathèque de Bayonne-J 48

Le Sud-Ouest La Presse 4/8/1944 Coll Médiathèque de Bayonne






"Je suis vrai Français,Monsieur le Procureur ..."
_Transcription sans corrections de la lettre_

Hendaye 7 novembre 1944
Monsieur le Procureur
Je prends la respectueuse liberté à venir vous demander plus amples renseignements du fait suivant auquel je suis en grande attente.Malgré mon attente je sais que l'affaire est jugée sans ma présence.
Hors le 29 aout 1944,j'avais eu le vol d'un poulet ,affirmativement ce poulet avait été attiré dans la cuisine de Mademoiselle XXX avec des miettes de pain,le témoin occulaire de ce fait voulait garder son anonimat.Me voyant nerveux désirant aller chez Melle ce témoin me dit "Inutile ton poulet est parti à Béhobie chez son amie qui elle même l'a emporté.Gardant mon calme,je suis allé trouver le brigadier de gendarmerie d'Hendaye lui expliquant mon cas.Bien m'a t'il dit je téléphone à Béhobie;après l'entretien avec le gendarme X de Béhobie,Monsieur le Brigadier d'Hendaye me dit "Si la personne est retrouvé avec votre poulet,je m'engage a venir vous avertir.Chose faite;a 22h le brigadier frappa a ma porte me disant d'aller chercher mon poulet à la gendarmerie de Béhobie.Hors arrivé a celle ci,je me trouvais en présence d'une personne nommé YYYY ZZZZ,celle ci avouant en ma présence le mauvais geste accompli par son amie XXX.
Si je ne suis pas été indulgent a cette affaire c'est pour le fait suivant
Monsieur le Procureur,sans vouloir inculper lors du baptême de mon enfant au mois de décembre 1943,j'avais une poule qui avait disparu quelque temps après 1 mois environ une autre poule me disparaissait.Tout ceci me donnait des doutes sans affirmative.
Hors le 27 aout 1944,Mademoiselle XXX revenant de prison ayant purgé sa peine d'un mois de prison pour affaire d'avortement,dit a ma femme,je n'ai rien a manger,vendez moi je vous prie un lapin,ma femme le cœur sur la main lui vendit.Ne comprenant pas le bon cœur qu'avait eu celle-ci envers elle;j'avais un poulet depuis 4 jours le mardi 29 aout mon poulet disparaissait,hélas !j'étais averti.
Monsieur le Procureur,de ce jugement je ne suis pas averti.Je sais fort bien que Mademoiselle avec sa figure de vierge appitoie les gens de cœur ou de lois.Si elle ne peut ainsi,c'est avec de l'argent,hors se voyant dans un chemin épineux,elle a juré que par tout moyens elle acheterai les gens de lois pour sauvegarder son honneur déjà souillé.
Étant juste et sincère Français,je demandais Monsieur le Procureur que 4 ou 5 jours de prison ou amende sans sursis;hélas,c'est avec sursis qu'elle a eu 300 d'amende.
Je suis vrai Français,Monsieur le Procureur,ne demande que justice,hors une jeune fille comme Melle XXX  Espagnole ayant fait pendant l'occupation un trafic inouïe avec un allemand Monsieur WWWW,contrebande en espagne,celui-ci passant en espagne avec son auto quand bon lui semblait.
De ce trafic a rémunération,elle s'en sert actuellement pour blanchir et effacer ses causes ou fautes.Après cette affaire,pour tromper l'incrimination de vol sur le journal,les initiales ayant été déjouées.Il a fallu déboursé de l'argent si mal acquit,celui-ci lui couvrant tout ses pêchés.J'ose croire que Msieur le Procureur comprendra la sincérité de mes paroles.Je suis vraiment nargué par une fautive gagnante.
Daignez agréer Msieur le Procureur mes Sincères Salutations
Nom Prénom qualité
adresse


Faits d'avortements
Hendaye,le 16 novembre 1944
Monsieur le Procureur de la République
Bayonne

J'ai l'honneur de solliciter de votre bienveillance un renseignement qu'il vous sera possible,je l'espère de me donner.
Ma femme,née XXX a été arrêtée en mars dernier ,condamnée à 3 ans de prison pour faits d'avortement par le tribunal de Bayonne.
Or,j'apprends que ce même tribunal a condamné,tout dernièrement ,la femme YYYY à 4 mois de prison pour faits d'avortement également.
Il me semble donc que cette dernière a été jugée avec les lois de la République ,alors que ma femme a été soumise à la rigueur de celles de Vichy.
Puis-je espérer qu'il y aura une révision des condamnations prononcées pendant l'occupation?
J'ajoute que j'ai deux fillettes entièrement à charge,qui attendent avec impatience le retour de leur maman.
Dans l'espoir d'une réponse encourageante et avec mes remerciements anticipés,veuillez agréer Monsieur le Procureur mes très respectueuses salutations.