mercredi 24 mai 2017

Pont ferroviaire Charles Vaillant (1918-2003) à Bayonne

La passerelle piétonne et cyclable,qui longe le viaduc ferroviaire enjambant l’Adour porte un nom : "Pont Charles Vaillant (1918-2003) .La plaque ,coté boulevard Alsace-Lorraine,a été dévoilée mardi 23 mai 2017.
Pont Charles Vaillant (1918-2003)


VILLE DE BAYONNE (PA)
66
Séance du 21 juillet 2016
DELIBERATION DU CONSEIL MUNICIPAL

Extrait

Le conseil municipal,régulièrement convoqué le 15 juillet 2016,s'est réuni au lieu habituel de ses séances et a délibéré sur la question suivante dont le compte rendu a été affiché à la porte principale de la mairie

M.Ugalde présente le rapport suivant :

Mes Chers Collègues,

OBJET:ESPACES PUBLICS ET CADRE DE VIE

Toponymie_Dénomination du viaduc ferroviaire enjambant l’Adour

"La passerelle piétonne et cyclable,qui longe le nouveau viaduc ferroviaire enjambant l’Adour construit par la SNCF,est en service depuis l’été 2015.Elle constitue une liaison assurant des déplacements à l’intérieur de la commune, qui nécessite, comme pour toutes les rues, une dénomination.
La commission extramunicipale toponymie a proposé, en séance du 16 juin 2015, qu’elle soit dénommée, ainsi que l’ensemble du viaduc ferroviaire, «Pont Charles Vaillant (1918-2003)»
La commission entend ainsi honorer une personne qui était à la fois impliquée dans le monde ferroviaire et dans la société savante bayonnaise. En effet, cette figure bayonnaise, membre éminent
de la Société des Sciences, Lettres et Arts, fut médecin du travail et agent de la SNCF à compter de 1952.
Il est précisé que la SNCF, propriétaire de l’ouvrage, a validé cette proposition.
Il est demandé au conseil municipal d’approuver la dénomination proposée.


Adopté à l’unanimité.
Ont signé au registre les membres présents."


Le texte complet de la délibération à télécharger _www.bayonne.fr

La passerelle coté boulevard Alsace-Lorraine
  


La passerelle coté quai Resplandy

Plaque constructeur de l'ancien "pont de fer".

Article du docteur Charles Vaillant


Le docteur Vaillant a déposé à l’AHICF une collection complète des Informations médicales SNCF, revue mensuelle interne qui diffusait dans les services médicaux régionaux et locaux des études réalisées par leurs membres, des informations médicales générales, des études de spécialistes extérieurs et des nouvelles des services.

mardi 23 mai 2017

Une fermeture "exceptionnelle" d'une salle de lecture des AD 64 peut en cacher d'autres.


Les Archives départementales des Pyrénées-Atlantiques ont annoncé  lundi 22 mai à 13h30, sur leur site internet une nouvelle fermeture "exceptionnelle" du site de Bayonne : mercredi 24 mai 2017 après-midi. 
Pas de motif.
Pas d'excuses.

Rien à dire quant à l'information écrite et orale relayée à l'accueil et en salle de lecture.
En revanche, sur la partie institutionnelle du site internet des AD 64, l'annonce de cette nouvelle fermeture "exceptionnelle" à pour effet de masquer les informations précédentes de fermeture.
Copie écran fermeture exceptionnelle mercredi 24 mai 2017 après-midi





















Pour retrouver les informations relatives aux autres  fermetures "exceptionnelles" des salles de lecture des AD 64 ,il faut cliquer sur l'onglet intitulé "toute l'actualité",puis sur Agenda.
Il serait souhaitable que les annonces des fermetures "exceptionnelles" soient désormais portées à la connaissance des internautes depuis e-Archives.le64.fr





Les difficulté d'accès  à l'information conjoncturelle sur le site internet des AD 64,a été signalée.

Pour contacter les AD 64 
Site de Pau
Archives départementales des Pyrénées-Atlantiques
Cité administrative
Boulevard Tourasse
64000 Pau
Tél. : 05 59 84 97 60

archives@le64.fr

Site de Bayonne

Pôle d'archives de Bayonne et du Pays basque
39 avenue Duvergier de Hauranne
64100 Bayonne
Tél. : 05 59 03 93 93

arch-bay@le64.fr

lundi 22 mai 2017

L'ordre alphabétique appliqué à toutes les lettres de chaque nom.

État Civil
Les tables annuelles et décennales des registres de l'état civil doivent être établies suivant l'ordre alphabétique de toutes les lettres de chaque nom.

Pau,le 15 février 1853

A Messieurs les Maires du département.

Monsieur le Maire,

Les dispositions de la loi du 20 septembre 1792 et du décret du 20 juillet 1807,exigeant que les tables annuelles et les tables décennales des registres de l’État Civil soient dressées par ordre alphabétique,ont été diversement interprétées.Dans certaines localités l'ordre alphabétique est suivi pour les trois premières lettres de chaque nom;dans d'autres,il est limité aux deux premières lettres,et quelques fois même à la première lettre seulement.Il en est résulté que plusieurs Conseils généraux ont demandé que les tables fussent établies en suivant l'ordre alphabétique pour toutes les lettres de chaque nom,et c'est ainsi que vient de le décider le Gouvernement.Mais comme ces tables ne sont elles-mêmes que la refonte textuelle des tables annuelles,c'est l'ordre alphabétique à suivre dans ces dernières qui doit être déterminé d'une manière générale.Je vous invite ,Monsieur le Maire,à veiller avec soin,pour la nouvelle période décennale qui a commencé le 1 er janvier dernier,à ce que les tables des registres de l’État Civil  de votre commune soient établies dans l'ordre alphabétique appliqué à toutes les lettres de chaque nom.
Agréez,Monsieur le Maire,l'assurance de ma considération distinguée,

Le Préfet des Basses-Pyrénées
A.FOURNIER

Source:
Empire français
Département des Basses-Pyrénées
Recueil des actes administratifs
Pages 43,44
Collection particulière

jeudi 18 mai 2017

Des oiseaux et des insectes


 Sur les inconvénients résultants de la destruction des oiseaux.
L’orthographe de l’époque a été respectée

Pau, le 25 février 1862

A Messieurs les Sous-préfets et les Maires du département.
 
Messieurs,

Les communications qui vous sont faites par la voie du Recueil des actes administratifs vous ont mis à même de connaître sollicitude du Gouvernement de l’Empereur pour l’agriculture.
Des instructions à ce même sujet me sont récemment parvenues sur un point peu intéressant en apparence, mais très important en réalité. Elles me chargent de faire connaître les fâcheuses conséquences de la guerre de destruction faite depuis un certain temps aux oiseaux se nourrissant d’insectes, conséquences qui sont la multiplication, à l’infini de ces derniers qui occasionnent aux récoltes des dommages plus ou moins étendus et quelquefois aussi considérables que ceux que causent les plus grands accidents atmosphériques.
Un rapport plein d’intérêt a été fait au Sénat par une commission chargée d’examiner des pétitions que lui avaient adressées des agriculteurs, sur la destruction des oiseaux. Sans ces auxiliaires en effet, l’homme serait impuissant à lutter contre les insectes, dont la fécondité est prodigieuse, la forme de la plupart microscopique et qui, en grande partie font leur retraite sous les feuilles des plantes et l’écorce des arbres, où les oiseaux les savent seuls trouver.
Quelques fragments que je rappelle ci-après de ce rapport suffiront pour pénétrer chacun de la nécessité de mettre un terme à la guerre sans motif faite à ces gracieux et utiles animaux et que le charme qu’ils répandent dans les lieux où ils habitent devrait seul leur éviter.

« Il existe en France plusieurs milliers d’espèces d’insectes, presque toutes douées d’une effrayante fécondité, presque toutes aussi vivants exclusivement aux dépens de nos végétaux les plus précieux ; ceux qui fournissent à l’homme sa nourriture,ses bois de construction ou de chauffage.

"Le chêne robuste a pour ennemis le lucane,le cerambyx héros, etc.

"A l’orme s’attachent les scolytes destructeurs.

"Les pins et sapins succombent sous les attaques des bostriches,de la nonne, du scarabée typographe.

"L’olivier, voit son bois miné par le phœotribus , tandis que ses fruits sont dévorés par les larves innombrables de la mouche de l’olivier.

"La vigne résiste à peine, en certaines localités ,aux ravages de la pyrale.

"Le blé et les autres céréales sont attaqués ,dans leurs racines ,par le blanc ( larve du hanneton) ; sur pied, avant la floraison, par la cécidomyie;plus tard,ou moment où se forme le grain,par le charançon.
Ce que les insectes ont épargné est-il au moins assuré au laboureur ?…...Non : une multitude de petits rongeurs, mulots campagnols, souris, après avoir vécu aux champs;aux dépens de la récolte, pénètrent dans la grange et y prélèvent une nouvelle dîme sur les gerbes appauvries.
Qui pourrait calculer les pertes qui résultent, pour l’agriculture, de toutes ces cause réunies ?
De 1828 à 1837, en dix années et seulement dans vingt-trois  communes du Mâconnais  et du Beaujolais,représentant trois mille hectares de vignes, les dommages causés par la pyrale furent évalués, d’après un calcul fondé sur des bases fournies par l’administration des contributions, à 34.080,000 fr, soit plus de trois millions par an.

"Aux Thorins,notamment en 1837,sur une propriété qui rapportait ordinairement 5.000 hectolitres de vin, on n’en récolta que 22. Le gouvernement dût  accorder des dégrèvements considérables sur l’impôt foncier. Plusieurs propriétaires découragés vendirent leurs vignes à vil prix; d’autres les arrachèrent pour y substituer de nouvelles cultures. Des ravages analogues, quoique moins considérables furent constatés, à la même époque, dans les départements de la Côte-d’Or, de la Marne, de la Charente-Inférieure, de la Haute-Garonne ,des Pyrénées-Orientales et de l’Hérault, et toujours dans les crus les plus fins.

"Quant aux céréales, on évalue pas moins à 4 millions de francs, au plus bas, la valeur du blé que fait avorter, en une seule année ,dans l’un de nos départements de l’est, la seule larve cécidomyique. Dans une notice spéciale, et d’après un grand nombre de faits soigneusement étudiés, M. Bazin, n’hésite pas à attribuer à cet insecte l’insuffisance des récoltes, dont nous eûmes tant à souffrir, durant les trois années qui précédèrent 1856 : dans certains champs, la perte s‘éleva Selma à près de moitié de la récolte.
"En Allemagne, au témoignage de Latreille, la nonne a fait périr des forêts entières(1). En 1810 les bostriches avaient  tellement envahi la forêt de Tannesbuch,située dans le département de la Roer, qu’un  décret dut ordonner d’abattre la forêt et de brûler sur place, les branches, racines et bruyères

(2). Dans la Prusse orientale, il a fallu abattre, il y a trois ans, dans les forêts de l’État, plus de 24 millions de mètres cubes de sapins,contrairement à tous les règlements forestiers ,uniquement parce que les arbres périssaient sous les attaques des insectes (3).
(1) Latreille,Histoire des Insectes.
(2)Baudrillard,Dictionnaire des forets;v°Insectes._Gadebled,Police des Chasses,page 172 et suiv.
(3)Docteur Gloger de Berlin,loco citato,page 322._M.Tschudi,Des Insectes et des oiseaux,pages 14 et 15,cite des faits analogues non moins remarquables.

"Si considérables que soient ces ravages, on s’étonne qu’ils ne le soient pas davantage encore, quand on considère la prodigieuse fécondité dont sont doués ces espèces malfaisantes ;et si Dieu n’y’ eût pourvu par des moyens dignes de sa sagesse, depuis longtemps toute végétation aurait disparu de la surface de la terre.

"Contre de tels ennemis l’homme est frappé d’impuissance.
"Son génie peut mesurer le cours des astres, percer les montagnes ,faire marcher un navire contre la tempête ; les monstres des forêts, il les tue ou les soumet à ses lois; mais devant ces myriades d’insectes, qui, de tous les points de l’horizon , viennent s’abattre sur ces champs cultivés avec tant de sueurs, sa force n’est que faiblesse.Son œil n’est pas assez perçant pour apercevoir seulement la plupart d’entre eux ; sa main est trop lente pour les frapper (1); et d’ailleurs, quand il les écraserait par millions,ils renaissent par milliards. D’en haut, d’en bas,à droite, à gauche, leurs innombrables légion se succèdent et se relayent sans trêve ni repos. Dans cette indestructible armée, qui marche à la conquête de l’œuvre de l’homme, chacun à son mois, son jour, sa saison,son arbre,sa plante : chacun connaît son poste de combat, et nul ne s’y trompe jamais.

(1 ) La cécidomyte est un moucheron de deux millimètres de longueur;le charançon a cinq millimètres;la pirale a vingt millimètres.Quant aux œufs,ils sont presque imperceptibles,tant par leur petitesse que par les lieux où la plupart sont déposés
Le plus mal famé de ces oiseaux suspects est sans contredit le moineau,si souvent flétri comme un pillard effronté.Eh! bien, si les faits mentionnés dans les pétitions sont exacts, à la différence de beaucoup de gens, cet oiseau vaudrait mieux que sa réputation. On raconte en effet que sa tête ayant été mise à prix, en Hongrie et dans le pays de Bade, cet intelligent proscrit avait abandonné complètement ces deux pays ; mais bientôt on reconnut que lui seul pouvait soutenir la guerre contre les hannetons des basses-terres ; et ceux-là mêmes, qui avait établi des primes pour  le détruire, durent en établir  de plus fortes pour en opérer le rappatriement (2) : ce fut double dépense, châtiment ordinaire des mesures précitées.
(2) M.Marschall,pétition n°152,et M.Dumast,pétition n°391 

"Le grand Frédéric avait aussi déclaré la guerre aux moineaux,qui ne respectaient pas son fruit favori,la cerise.Naturellement ,les moineaux ne songèrent pas à résister au vainqueur de l’Autriche;ils disparurent ;mais,au bout de deux ans , non seulement il n’eut plus de cerises, mais encore il n’y eut presque point d’autres fruits : les chenilles les  mangeaient tous ; et le grand  roi ,vainqueur sur tant de champs de bataille, s’estima heureux de pouvoir signer la paix, au prix de quelques cerises, avec les moineaux réconciliés (3). 

(3)Tschudi,déjà cité,page 19. 

"M. Florent-Prévost a constaté que, suivant les circonstances, les insectes entrent pour moitié au moins, souvent dans une proportion beaucoup plus forte, dans le régime alimentaire du moineau. C’est exclusivement avec des insectes que cet oiseau nourrit son avide couvée ; en voici une preuve remarquable. À Paris, où cependant les débris de nos propres aliments fournissent aux moineaux une nourriture abondante, qui semble devoir le dispenser des fatigues de la chasse ,un couple de ces oiseaux ayant fait son nid sur une terrasse de la rue Vivienne, ont recueilli les élytres de hannetons qui avaient été rejetés du nid ; on n’en compta 1.400 : c’était donc cent 700 hannetons détruits par par un seul ménage, pour l’alimentation d’une seule couvée(1).

(1) Ce fait,attesté verbalement au Rapporteur par M.Florent-Prévost,s’est passé chez M.Ray,ancien négociant._Voir en outre M.Chatel,Utilité et réhabilitation du moineau (Angers,1858);_M.Dupont,dans les Transactions of the royal Sociéty of Mauritius;_Bulletin de la Société d’acclimatation de Nancy,1859,page 336. 

"Si les moineaux font payer leurs services ,voici d’autres oiseaux, et ils sont de beaucoup les plus nombreux, qui en rendent à titre purement gratuit.
"Ce sont d’abord les oiseaux de proie nocturnes, chouettes, effraies, scops, hiboux (2) que l’ignorance poursuit sottement comme animaux de mauvais augure. L’agriculteur devrait les bénir ; car dix fois mieux que les meilleurs chats, et sans menacer comme ceux-ci  le rôt et le fromage, les oiseaux de cet ordre font  une guerre acharnée aux rats  et aux souris, si funeste aux récoltes engrangées, et détruisent, dans les champs, d’innombrables quantités de campagnols, de mulots, de loirs et de lerrots, qui, sans ces  nocturnes chasseurs, deviendraient bientôt un fléau intolérable (3)

(2) On en compte neuf espèces dont sept sont sédentaires
(3) Gloger,dans l’ouvrage déjà cité,page 301,raconte qu’en 1857,dans une terre située près de Breslau,en Silésie,on prit 200.000 souris,en six semaines.La fabrique de poudrette de Breslau les payait un centime la douzaine,et,à ce prix,les preneurs les plus adroits gagnaient jusqu’à 22 sous par jour.Elles entrèrent en si grande foule dans les granges qu’on en en tua plus de 2000 devant celle d’un des moindres propriétaire,pendant qu’on la vidait pour la nettoyer. 

" En signalant les ravages causés par ces petits rongeurs dans les semis et plantations ,Buffon  donne une idée de leur multiplication : en trois semaines, il en fit prendre plus de 2000 dans une pièce de quarante arpents (4). D’après les observations du naturaliste anglais Whitte ,un couple d’effraies détruit, chaque jour, au moins 150 petits rongeurs : quel est le chat qui pourrait donner un tel résultat (5) ?
"Ajoutons que, seuls avec l’engoulevent, ces oiseaux peuvent faire la chasse aux papillons de nuit et aux insectes crépusculaires dont plusieurs sont fort nuisibles (6).
Enfin, mais incontestablement au premier rang pour les services qu’ils nous rendent, viennent tous les oiseaux purement insectivores (7) : les grimpereaux, le pivert, l’engoulevent, le coucou (8)

(4) Buffon,Histoire naturelle,tome VII,page 328 et suiv.
(5) Tschudi,déjà cité,page 23._Mémoire de M.Chatel de Vire._Lettre de M.Girardeau-Leroy au Journal du Loiret
(6) Tschudi,déjà cité,page 23.
(7) On en compte en France soixante-neuf espèces,dont vingt-cinq seulement sont sédentaires.
(8) Le coucou est surtout utile pour la destruction des chenilles couvertes de poils longs et piquants qui répugnent aux autres oiseaux et notamment des processionnaires si funestes aux forets (Gloger,p.310 à 313;Tschudi,p.21)._Ce dernier auteur raconte qu’en 1847,une grande foret de sapins en Poméranie,souffrit tellement des attaques des chenilles qu’elle commençait déjà à se dessécher,lorsque,tout à coup,elle fut sauvée par une bande de coucous,qui,quoique déjà en émigration,s’établirent dans la foret,et en quelques semaines nettoyèrent si bien les arbres que,l’année suivante,le mal ne se renouvela pas. 

 les différentes variétés d’hirondelles ; mais surtout ces charmants musiciens des champs, tous ces insectivores vulgairement désignés sous les expressions collectives de petits pieds ou becs-fins : rossignols, fauvettes,traquets, rouges-gorges, rouge-queues, bergeronnettes,pipits,pouillots,roitelets et le troglodyte, cet ami des chaumières, qui, tous à l’envi, nous rendent d’inappréciables services,services aussi gratuits que mal récompensés, parce qu’on ne s’en fait pas une idée suffisamment exacte.
"Le hanneton pont de 70 à 1oo œufs, bientôt transformés en autant de vers blancs qui, pendant une ou deux années, vivent exclusivement aux dépens des racines de nos végétaux les plus précieux. Le charançon du blé produit 70 à 90 œufs qui, déposés en autant de grains de blé, s’y développent en larves qui en dévorent le contenu ; c’est donc la valeur d’un épi au moins perdue par le fait d’un seul charançon. La pyrale dépose, sur les feuilles de la vigne, 100 à 130 œufs d’où sortent autant de chenilles qui, après s’être cachées sous l’écorce pendant l’hiver, en sortent au printemps pour ronger, en mai et en juin, les feuilles et les bourgeons. Voilà 100 à 130 grappes de raisin qu’une seule pyrale détruits en leur germe (1).

(1) C’est en effet à l’état de chenille que la pirale exerce ses ravages.Quand,vers les premiers jours de mai,cette chenille sort de la retraite où elle a passé l’hiver,elle n’a plus de quatre millimètres,elle en a huit,dix et même davantage,au moment de se transformer en chrysalide,dans les premiers jours de juillet.En estimant à une grappe la perte causée,en deux mois,par l’une de ces voraces chenilles,on reste certainement au-dessous de la vérité (Audouin,déjà cité,p.97 à 102)
…………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………
"Et maintenant, si vous rapprochez les chiffres que je viens de mettre sous vos yeux, en admettant que, sur les 500 insectes détruits en un jour par un seul oiseau,il y ait seulement un dixième de ces êtres malfaisants : par exemple, quarante charançons et dix pyrales (et ces chiffres sont au-dessous de la vérité) c’est en moyenne, 3.200 grains de blé 1.150 grappes de raisin qu’en un seul jour  ce petit oiseau vous aura sauvés.
"Le mal est grand ; le danger imminent ; il faut des remèdes prompts et  énergiques... Voilà ce que vous crient les honorables pétitionnaires et, avec eux, nombre de conseils généraux ,ainsi que les sociétés  de tout genre qui s’occupent, à des titres divers, d’agriculture et de zoologie. C’est ce que vous répètent, avec un accord chaque jour plus unanime et plus pressant, les naturalistes et les  agriculteurs les plus distingués, qui, par état ou par vocation, se sont occupés de cette question ; MM Geoffroy Saint-Hilaire, Florent Prévost, Sacc, Gloger;Koechlin; Dumast, Jonquières-Antonelle,Châtel,Gadebled, Valserres et tant d’autres dont n’avons été, en ce rapport, que l écho  très affaiblis. »

Donnez, Messieurs, la plus grande publicité aux faits, trop peu connus, qui précèdent ; ils font connaître le danger qu’il y a enfreindre l’une des sages lois de la nature, la loi de l’équilibre.
Si les insectes sont doués d’une grande fécondité, les oiseaux ont reçu leur mission d’arrêter leur trop grande multiplication, il ne faut donc pas détruire ces derniers. Quelques-uns, tel que le moineau, se nourrissent, il est vrai, en même temps, d’insectes et de graines, mais il est reconnu que le mal et le bien qu’ils font se compensent à peu près. Des mesures peuvent, du reste être prises pour réduire, au moment des récoltes, le nombre de ces derniers.

Ce qui précède sera compris des personnes raisonnables, mais elles ne sont pas seules la cause du mal qu’il s’agit d’arrêter. L’imprévoyance des enfants en  détruisant les nids, fait périr aussi un très grand nombre d’oiseaux. En considérant ce que l’alimentation d’une seule nichée fait disparaître d’insectes, on peut à peine apprécier la quantité qui aurait été détruite pour la nourriture des nombreuses familles ainsi anéanties.
Recommandez, Messieurs, aux parents et aux instituteurs de moraliser les enfants sur ce point. En les tolérant dans le malin plaisir de détruire les jeunes oiseaux, on laisse s’infiltrer chez eux des germes de cruauté qui, selon les circonstances de leur vie, peuvent se développer d’une manière fâcheuse ; c’est là un nouveau mal qu’il importe beaucoup d’éviter.
J’espère qu’il suffira des enseignements et des avis qui précèdent pour que protection soit désormais accordée à des êtres, non seulement inoffensifs mais encore éminemment utiles. S’il en était autrement ,je n’hésiterai pas à prendre des mesures propres à leur assurer cette protection.
Recevez, Messieurs, l’assurance de ma considération très distinguée.

Le Préfet des Basses-Pyrénées,
D’AURIBEAU

Pour expédition :
Le Secrétaire Général
D 'ÉTIGNY

Source:
Empire français
Département des Basses-Pyrénées
Recueil des actes administratifs
Année 1862
Pages 51 à 57

mardi 16 mai 2017

Fermetures programmées des salles de lecture des AD 64



Fermetures programmées

Les salles de lecture des sites de Pau et de Bayonne des Archives départementales des Pyrénées-Atlantiques seront fermées
  • le vendredi  26 mai,
  • le jeudi 1er juin,
  • le lundi 5 juin,
  • le vendredi 28 juillet,
  • le lundi 14 août,

La fermeture annuelle des sites de Pau et de Bayonne des Archives départementales des Pyrénées-Atlantiques est fixée du lundi 25 septembre au vendredi 6 octobre. 

Avant tout déplacement vers Pau ou Bayonne,il est prudent de s'assurer de l'ouverture des salles de lecture des AD64 en consultant la rubrique actualités située dans la  partie institutionnelle du site internet  


Calendrier prévisionnel 2017 des jours de fermeture de la salle de lecture des archives de Paris


Calendrier prévisionnel 2017 des jours de fermeture de la salle de lecture des AD 94


lundi 15 mai 2017

Recherches du nommé Aris Julien

Recherches et renseignements dans l’intérêt des familles

 L'orthographe de l'époque a été respectée
 
Un jeune homme nommé Aris (Julien),âgé d'environ vingt ans,demeurant dans la commune de Lestelle,lequel est atteint de surdité et d'idiotisme,a quitté depuis un mois la maison paternelle et la famille ignore la direction qu'il a prise.
Voici son signalement:
Âgé d'environ vingt ans,taille moyenne,cheveux châtains clair,yeux gris,nez ordinaire,bouche moyenne,menton rond,visage ovale,teint clair.
Il était porteur d'un paquet contenant du linge de corps et plusieurs blouses,dont la plus belle est en Napolitaine,verte coiffé d'un berret bleu et chaussé de brodequins.
MM.les maires sont invités à faire rechercher ce jeune homme dans leur commune respective et en cas de renseignement à donner,à les adresser à la préfecture des Basses-Pyrénées. 
Pau,le 16 mai 1855

Pour le Préfet et par délégation:
Le Secrétaire Général,
D 'ÉTIGNY

Complément du blog Retours vers les Basses-Pyrénées 

earchives.le64.fr
Commune de Lestelle-Bétharram
1772-1889
[ 5MI339-1 ] | [FRAD064012_5MI339-1_0461.jpg] Vue461/1658

samedi 13 mai 2017

Emigration vers l'Amérique du sud

Émigration


Pau,le 10 novembre 1862

Le Préfet à MM.les Sous-Préfets et Maires du département

Messieurs,

A diverses reprises l’administration a du appeler votre attention sur les résultats fâcheux que produit dans ce département ,l'émigration toujours croissante de la population valide de nos campagnes vers l'Amérique du sud.
Vainement mes prédécesseurs,secondés par vos efforts,ont tenté d’arrêter ce courant; nos cultivateurs trompés par les brillantes promesses qui leur sont faites, séduits par les récits trop souvent mensongers d'une fortune rapidement acquise, entrainés par l'exemple des rares privilégiés rentrés au pays avec une certaine aisance, abandonnent une existence que le travail pourrait rendre facile  et heureuse  pour aller chercher au loin les déceptions et la misère.
On ne peut ,sans porter atteinte à la liberté individuelle, mettre un terme à ce fatal entrainement par des mesures coercitives. Mais le devoir qui vous incombe à tous, c'est d'éclairer les populations sur leurs véritables intérêts, de faire en sorte qu'on n'abuse pas de leur crédulité, qu'on n'exploite pas une situation de gêne passagère, c'est de leur rappeler combien d'émigrants après une vie d'épreuves et de souffrances sont morts découragés après avoir vainement tenté de revenir vers la France; c'est enfin de surveiller avec l'attention la plus scrupuleuse la conduite des agents de l'émigration et d'empêcher qu'une institution qui a été autorisée par le Gouvernement pour assurer le bien être des émigrants, ne soit détournée de son véritable but.
Joignez donc vos efforts aux miens, Messieurs, pour faire comprendre à vos administrés les inconvénients et les dangers de l'émigration. Usez de tous les moyens de persuasion et d'influence dont vous disposer pour les attacher au sol qui les a vu naitre; montrer-leur que là, est pour eux, la plus sure garantie de bonheur, puisque par leur travail, ils peuvent acquérir ,sinon la fortune illusoire qu'ont leur promet sur des plages lointaines, au moins une aisance honnête qui leur permette de vivre et de mourir dans leur patrie, au milieu de leur famille et de remplir ainsi leurs devoirs de fils et de citoyen.
Agréez, Messieurs, l'assurance de ma considération distinguée.

Le Préfet des Basses-Pyrénées
G.d'Auribeau

Source:
Empire français
Département des Basses-Pyrénées
Recueil des actes administratifs
Année 1862
Pages 519,520

Pour aller plus loin

Un site internet incontournable:Les visas en bordelais _L'émigration au départ de Bordeaux au cours du 19 e siècle

Le site Visas en bordelais et son contenu existent grâce à quelques bénévoles seulement.
Si vous désirez les aider en participant aux relevés, n'hésitez pas à vous manifester, il y a encore beaucoup de travail à réaliser. Vous serez les bienvenus. Vous n'êtes pas obligé d'habiter près des AD33 ! 
Les visas en bordelais _Contact


Gen Francesa

Emigration 64 _Christiane Bidot-Naude 

 

Autres articles du blog relatifs à l'émigration

vendredi 12 mai 2017

Recherche du nommé Audibert Dominique,repris de justice

Recherche du nommé Audibert (Dominique),repris de justice


Le Ministre de l'Intérieur ordonne de faire rechercher le nommé Audibert (Dominique) ,repris de justice,transféré de la maison Centrale de Riom à l'asile des aliénés du département du Puy-de-Dôme,d'où il s'est évadé le 6 novembre.
Dans le cas où cet individu,qui est sous l'empire d'une très dangereuse exaltation,viendrait à être découvert,le faire reconduire sous bonne escorte à l'asile des aliénés de Clermont.
Voici son signalement:
Âgé de 31 ans,taille1m750m,cheveux et sourcils châtains,front haut,yeux gris,nez moyen,bouche moyenne,menton rond,visage ovale,teint clair,barbe rousse et rare,redingote marron,pantalon bleu,casquette brune,souliers mauvais,chemise de grosse toile blanche.Il est grand,fort et marche un peu vouté.
MM.les Maires et agents de la force publique du département sont invités à assurer l’exécution des prescriptions ministérielles.
Pau,le 27 novembre 1867.


Certifié conforme:
Le Secrétaire Général,
D 'ÉTIGNY


Source:

Empire Français
Département des Basses-Pyrénées
Recueil des actes administratifs.
Année 1867
Page 380
Collection particulière.

Pour aller plus loin 

De Sébastien Soulier ancien sous contrat à durée déterminée au Pôle d'archives de Bayonne et du Pays basque auteur d'une thèse intitulée L’actualité criminelle dans la presse du Puy-de-Dôme de 1852 à 1914. Étude de la chronique judiciaire.
Université Blaise Pascal _Clermont-Ferrand 2011

jeudi 11 mai 2017

Décès en Espagne du sieur Pierre Derouet

État civil._Décès du sieur Pierre Derouet.

Le sieur Pierre Derouet,originaire des Basses-Pyrénées,célibataire et mineur,fils de Pierre et de Marie Hijano,laboureurs,est décédé en la ville de Léon (Espagne) le 2 septembre 1866.Le lieu de naissance du défunt n'étant pas indiqué dans l'acte de décès,MM.les Maires sont invités à opérer des recherches à l'effet de le faire reconnaitre.Celui d'entr'eux qui aura obtenu ce résultat voudra bien en informer le Préfet.

Certifié conforme:
Le Secrétaire Général,
D 'ETIGNY

Source:

Empire Français
Département des Basses-Pyrénées
Recueil des actes administratifs.
Année 1867
Page 245
Collection particulière.

mercredi 10 mai 2017

Emigration à la Plata

Émigration à la Plata


Pau,le 15 avril 1867,

Le Préfet à MM.les Sous-Préfets et Maires du département.


Messieurs,
L’administration en appelant dans plusieurs circonstances votre attention sur les émigrations nombreuses de la population vers les rives de la Plata, vous a fait connaître que généralement  les déceptions les plus cruelles  attendent nos émigrants  à leur  arrivée dans ce pays, et vous a demandé, tant dans leur intérêt que dans  celui des contrées qu’ils abandonnaient ,de les prémunir par des avertissements réitérés contre les promesses brillantes qui leur  étaient  faites et qui ne se réalisaient malheureusement que trop rarement.
Cet état de choses à empiré d’une manière considérable et, d’après un rapport tout récent de notre Consul à Buenos-Ayres, la situation de nos nationaux dans ces contrées est on  ne peut plus malheureuse.
Notre représentant à Buenos-Ayres a constaté que , le nombre  des émigrants français (Basques et Béarnais pour la plupart)  arrivés dans cette ville pendant les 4 dernières années, s’est élevé à 13 000 individus environ. Il fait remarquer que le plus grand nombre de nos compatriotes qui se rendent à La Plata  sont loin d’y trouver un sort meilleur que dans leur pays natal  et que, sans les manœuvres de certains agents d’émigration, beaucoup d’entr’eux sans doute n’auraient jamais songé à quitter leur pays où les bras deviennent tous les jours plus rares et plus recherchés.
A leur arrivée dans cette contrée, ajoute M. le Consul, la plupart des émigrants se font gardiens de moutons pour le compte des grands propriétaires du pays qui leur confient des troupeaux de 1500 à 2000 têtes. Leur salaire est de  300 piastres ou  60 francs par mois plus une certaine mesure (un arrobe) de sel et le droit de prendre sur pied la viande qui leur est nécessaire ; mais il  ne leur est allouée d’ailleurs ni pain ni vin. Cette nourriture et l’isolement dans lequel ils doivent vivre dans le pampas  les rendent sauvages et leur inspirent le goût des boissons alcooliques, en sorte que les quelques petites économies que les émigrants pourraient faire sont dépensées en provisions de Rhum dont l’usage prolongé conduit la plupart d’entre eux à une triste fin.
En présence d’une semblable situation, il est hors de doute, et telle est aussi l’opinion de notre  Consul à Buenos-Ayres, que bon nombre de ces émigrants ne sont point allés spontanément en Amérique ;ils y ont été poussés par  des courtiers d’émigration qui courent les campagnes en faisant miroiter à leurs yeux la perspective d’un brillant avenir. C’est du reste ce que déclarent eux-mêmes beaucoup d’émigrants désillusionnés qui vont journellement solliciter la charité du Consulat.
Telle est, d’après les renseignements qui m’ont été transmis et qui sont d’une exactitude incontestable, la position de la plupart de nos compatriotes sur les rives de la Plata. Cette position est de nature à servir d’utile avertissement pour les familles qui désireraient se rendre dans ce pays. Il importe essentiellement ,de ne pas leur laisser ignorer cet état de choses et de les prémunir ainsi contre  les entraînements auxquels ils  pourraient être en  butte. Je vous prie  donc de faire donner lecture de la présente circulaire à l’issue de la messe  paroissiale ,et ,lorsque  des projets d’émigration vous seront connus et  que vos administrés vous réclameront les certificats nécessaires à l’obtention des passeports ,ayez soin de mettre sous leurs yeux les renseignements qui précèdent. Faites surveiller aussi les courtiers d’émigration qui  parcourraient vos communes et useraient de moyens illicites pour  entraîner des émigrants,et mettez les familles en garde contre les  promesses mensongères qui leur seraient faites. Vos conseils vigilants  et éclairés auront assurément pour effet d’ arrêter la désertion de nos campagnes aussi préjudiciable au pays qu’aux émigrants eux-mêmes.
Recevez,Messieurs, l’assurance de ma considération très distinguée.

Le Préfet des Basses-Pyrénées
G.d'AURIBEAU 

Source:
Empire Français
Département des Basses-Pyrénées
Recueil des actes administratifs.
Année 1867
Pages 137,138,139
Collection particulière.


lundi 8 mai 2017

Arrestation de deux pasteurs français de Barcus

Arrestation de deux pasteurs français de Barcus

1857

Le 11 novembre dernier, dans l’après-midi, deux gardes forestiers espagnols rencontrèrent sur le terrain appelé Lapatia, dépendant de la vallée de Salazar, deux pasteurs français qui gardaient un troupeau de 136 têtes de bétail. D’après l’observation qui leur en fut faite, les pasteurs reconnurent qu’ils se trouvaient sur le territoire Espagnol. Il fut convenu que, pour empêcher la saisie de tout le troupeau, les délinquants en abandonneraient huit têtes pour garantir les suites du délit de violation. Pendant que les gardes faisaient choix des animaux, les pasteurs les surprirent à l’improviste et les obligèrent à se retirer après leur avoir fait subir quelques mauvais traitements.
Aussitôt que l’incident a été signalé à M. le Préfet des Basses- Pyrénées, ce magistrat a donné l’ordre de rechercher les coupables. Ils ont été reconnus appartenir à la commune de Barcus et se nommer Larrasquet et Goytole . Ces deux pasteurs ont été arrêtés et sont détenus actuellement dans les prisons de Pau.
La sévérité déployée par l’autorité dans cette circonstance regrettable servira d’exemple et d’avertissement à nos frontaliers. Dans un moment où le traité du 2 décembre 1856 vient d’être promulgué, où les plénipotentiaires des deux nations s’efforcent de reconnaître et de concilier tous les intérêts, il est de la plus haute importance qu’aucun conflit, aucun désordre ne se manifeste sur la frontière. L’appel fait à l’intelligence, au bon esprit, au patriotisme de nos populations sera certainement entendu.
Situation de la commune de Barcus et de la frontière _Source:Google-Maps

Source: 
Empire français
Département des Basses-Pyrénées
Recueil des actes administratifs
Année 1857
Page 414

vendredi 5 mai 2017

Discours de José Antonio De Aguirre

 Discours  prononcé par Son Excellence le Président du Gouvernement Basque

 José Antonio De Aguirre aux postes de radio de catalogue

 le 21 décembre 1938

Collection particulière
 

Il y a deux ans… La thèse basque : lumière, doctrine et exemple.

Il y aura déjà deux ans, exactement demain 22 décembre, je prononçais à Bilbao, au micro de Radio Euzkadi, un discours qui fut en substance la présentation du Gouvernement Basque et de son œuvre.
De mon discours, une bonne partie, consacrée à des questions politiques est, à mesure que le temps passe, pleinement confirmée dans toute son extension. Peut-être sont-ce ces paroles qui ont incité le monde à considérer de nouveau le profond problème que constituait la guerre provoquée par les militaires rebelles. La thèse soutenue et la réalité présentée rompaient brutalement avec cette façon simpliste et commode de présenter le problème que l’on interprétait alors comme une lutte entre l’anarchie débordante et l’ordre, entre la civilisation chrétienne occidentale et la barbarie, entre le Christ et Lénine. Assurément, cela ne pouvait venir à l’idée qu’à des esprits légers, pour ne pas les appeler autrement, qui n’avaient pas encore étudié les origines d’une lutte basée sur la rancœur, l'injustice et la superbe.
Il fallait parler clair et ferme. Surgit « le cas basque » comme il fut appelé alors. Grâce à lui se dissipa l’atmosphère chargée et pleine d’ignorance qui régnait alors à ce sujet. Aujourd’hui, on appelle plus « le cas basque » l’épopée que l’Euskadi est en train d’écrire dans cette guerre. On la connaît dans les milieux compétents sous le nom de « thèse basque ». Thèse basque qui renferme une vérité , un enseignement, et qui est  la base ferme d’une position qui, à l’avenir, servira de modèle et de point de départ pour la définition de conduites et d’aptitudes dans le domaine de la philosophie politique.

Avec l’adhésion du peuple et la conscience du devoir.

On a déjà beaucoup écrit sur ce sujet. Il existe des témoignages très abondants. Ce serait un travail certainement inopportun y interminable que de les référer dans ce discours. Il est bien préférable de rappeler et d’approfondir la thèse.
Je veux suivre la ligne de conduite tracée en 1936 en harmonie avec notre histoire qui s’est toujours montrée fidèle à elle-même par la pensée et par la conduite.
Je m’adresse à tous, mais spécialement à mes compatriotes basques, aujourd’hui sous le joug le plus étranger à leur pensée et à leur cœur. Je m’adresse à eux avec l’autorité d’un homme qui peut le faire parce qu’il s’appuie sur l’adhésion enthousiaste de notre peuple, adhésion que ni des barreaux des prisons, ni la persécution acharnée, ni l’exil hors de la Patrie, ni la misère, ni le mépris, ni  l’injustice ne pourront jamais empêcher. Quelle leçon donnerait en ce moment la tyrannie étrangère si on lui  permettait de parler ! Rien que de parler ! Étant en outre ses légitimes représentants d’où que nous nous  adressions à lui, nous savons que nous le faisons en interprétant sa volonté.
Je vous parle donc, comme si je parlais parmi vous, entouré de compatriotes. Ici je les ai devant moi ,vous êtes leur prolongement. Notre communauté spirituelle est parfaite. Même la distance est abolie grâce à l’aide merveilleuse de ces ondes qui nous rapprochent et nous permettent en ce moment d’exprimer nos mutuels désirs et nos espérances prometteuses. Nous allons parler de ce qui nous touche.
Le motif, le même qu’il y a deux ans :les  fête de Noël, avec leur message sublime de paix aux hommes de bonne volonté. L’objet, le même aussi, celui de continuer à rendre compte au peuple, à notre peuple, de toutes nos activités. Ce devoir, bien que nous soyons physiquement séparés, continue à être aussi impérieux qu’il le sera le jour où nous serons de nouveau là-bas. Car ce jour approche, compatriotes. Soyez-en sûrs.

Les conservateurs en armes !Quel mal la République leur avait-elle fait ?

Toute la définition de la lutte, son illégalité initiale, son manque de motifs et son caractère odieux peuvent se concrétiser dans ces paroles que je prononçais il y deux ans et qui paraissent dites pour aujourd’hui et  en particulier pour les jours présents. M’adressant aux classes conservatrices dirigeantes du mouvement  insurrectionnel, je leur avais dit :
« Quel mal vous a fait la République ? Vous avez  conservé vos fortunes, vos affaires. Vous touchiez des honoraires splendides dans vos Conseils d’Administration souvent accaparés par un petit nombre de personnes, et l’on vous a tout  respecté. C’est un catholique qui vous parle, un catholique qui combattit aux Cortès  Constituantes de la République tout ce qui , selon la doctrine chrétienne, était excessif et inacceptable. Ah ! Mais sur les questions sociales, sur les questions économiques, qui sont les seules à vous intéresser, nous donnions notre approbation aux progrès que la justice réclamait. Car nous étions préparés à la générosité et il fallait être préparés à la générosité et il fallait être préparés même au sacrifice. Le bien commun de la doctrine classique doit prévaloir sur le bien privé des individus. Ne vous rappelez pas que tout manquait dans une multitude de foyers ? Aviez-vous le droit de protester ? Avez-vous cru un instant qu’en appelant communisme une juste protestation sociale vous pouviez obtenir un autre résultat que celui d’exaspérer le peuple avide d’un régime social plus humain et plus équitable ?
« Vous viviez bien ; ce n’est que maintenant, en présence du désastre, avec une économie ruinée, une richesse absorbée par les dépenses de la guerre, que vous comprenez combien fut insensée votre conduite ; et malgré cette situation privilégiée, vous vous êtes soulevés, les uns en prenant les armes, les autres en finançant le mouvement, en secondant la rébellion de ceux qui, manquant à la parole donnée, servent un régime caduc, guidés seulement par le désir de commandement, d’oppression et d’orgueil. Et impuissants à réduire le peuple en esclavage, lancés dans une course sans frein ,voyant que les forces que vous aviez soulevées  n’étaient pas capables de vous mener à  la réalisation de vos désirs insensés, vous avez applaudi tragiquement à l’arrivée des  troupes mercenaires africaines, renforcées plus tard de contingents étrangers allemands et italiens, sans qu’il vous importât que votre dignité  traîne dans le ruisseau pourvu que n’importe qui, noir ou blanc, de quelque couleur, de quelque race que ce soit, sauve  votre situation économique, vos privilèges perdus  parce que Dieu a voulu que vous fussiez aveuglés  pour toujours  par votre ambition et votre orgueil ; ces troupes noires infidèles amenées par ces insensés qui ont fait du nom du  Christ un cri de guerre, de ce Christ dont  l’humanité croyante célèbre en ces jours l’avènement  par ce salut   admirable  : « Gloire à Dieu au plus haut  du ciel et paix sur  la terre aux hommes de bonne volonté » Contradiction monstrueuse avec une conduite qui a fait verser tant de sang et causé tant de douleur dans des milliers de familles »
Nous disions ceci il y a deux ans. Avec combien plus de raison nous pouvons le dire aujourd’hui et avec quelle foi nous ratifions ces paroles ! En elles, notre pensée est condensée

Aux compatriotes qui souffrent :notre conduite a triomphé.

C’est à vous que je m’adresse, compatriote qui souffrez. Où que vous vous trouviez, derrière les barreaux des prisons, dans les camps de concentration, épuisés par l’exploitation éhontée que vous subissez dans les usines et dans les mines, à vous qui écoutez ma voix et, aussi, à ceux qui ne l’écoutent pas. Tous vous êtes présents à mon esprit.
« La thèse basque » comme on  appelle aujourd’hui dans le monde entier notre attitude , a acquis la sympathie générale. Ici, et hors d’ici .Notre esprit pratique a répandu son efficacité et son influence. Je peux vous dire aujourd’hui que la politique qu’avait suivie le Gouvernement d’Euzkadi est  suivie ici par le gouvernement de la République. C’est le triomphe d’une conduite.
Tous nos compatriotes travaillent avec foi et enthousiasme dans les postes où leur devoir les conduit, que nous, leurs chefs, nous leur assignons. Tous travaillent pour le  bien de l’Euzkadi et pour la Cause de la République. Et ce travail intelligent en toute sorte des postes reçoit, ici comme à l’étranger, des éloges constants qui arrivent jusqu’à moi sous toutes les formes et même de façon officielle. Les basques ont sû faire honneur à leur réputation de courage, d’amour du travail, de fidélité. Partagez avec moi cette immense satisfaction.

L’Euzkadi dans le monde. On nous aime, on nous admire.

Nous avons quitté l’Euskadi et Santander pour accomplir un douloureux pèlerinage, et les services du Gouvernement Basque ont dirigé l’organisation de notre peuple partout où celui-ci se trouvait, au milieu des naturelles difficultés et de grands sacrifices, que vous comprendrez. Aujourd’hui, les choses ont bien changé. Je sais que de là-bas où vous êtes on s’étonne de la façon dont peuvent vivre tant de milliers d’exilés. Ils vivent bien et ils vivront. Dans notre malheur, que nous supportons avec une bonne humeur et un courage exemplaires, nous avons de grandes consolations. Notre conduite a partout fait respecter notre peuple et l’a fait aimer. On nous a ouvert les portes. On nous aime, compatriotes, on nous aime. ! Nos institutions d’Assistance Sociale sur le sol de de France, en Belgique et en Angleterre, nos magnifiques institutions médico- chirurgicales de La Roseraie où sont soignés les mutilés de guerre, ou nos malades sont soulagé, nos colonies scolaires, nos services sanitaires, et surtout, entendez-moi bien, notre confraternité de race, tout cela aussi nous a valu d’attirer l’attention, tout cela a reçu des éloges, parfois même trop d’éloges, de la grande presse d’Europe et d’Amérique. Et tandis que nous organisons l’exil de notre peuple en adoucissant sa douleur, nos journaux et nos publications de propagande détruisent, à Paris, à Londres et en Amérique, la fable de Franco. Notre art national parait sur les scènes des principales capitales d’Europe et l’Amérique le réclame avec insistance : voilà la preuve donnée au monde que la culture c’est nous qui la représentons, tandis qu’en face il n’y a qu’une barbarie et qu’une rancœur qui ne respecte même pas la vie des peuples.Et si dans les champs de batailles l’Euzkadi continue, aujourd’hui encore, à défendre son renom de loyauté qu’il a scellé de son sang, hors d’ici, hérauts de la justice et du droit, nous dissipons l’hostilité et groupons autour de nous des sympathies innombrables. Les témoignages des ambassadeurs de la République dans les pays étrangers l’ont établi et des personnalités les plus distinguées des milieux politiques républicains l’ont compris. La calomnie et les féroces attaques de l’adversaire nous indiquent que nous avons visé juste. Cette satisfaction aussi, compatriotes, partagez-la avec moi.
Et ici, en Catalogne, dans ce pays noble et cher où nous avons trouvé tant de chaude affection, de même que le reste du territoire de la République qui a généreusement reçu notre peuple, le Gouvernement d’Euzkadi a organisé l’émigration d’une façon qui peut nous remplir d’un légitime orgueil. Refuges, hôpitaux, colonies etc. etc., soit au total presque 200 institutions, recueillent les Basques qui ont tout perdu pour une loyauté qu’ils avaient promise et qu’ils ont prouvée.

La vitalité d’Euskadi : une valeur permanente, un témoignage prodigieux.

L’Euzkadi à une vitalité qui rayonne au dehors. Il est comme notre langue, dans laquelle je vous parlerai tout à l’heure, une valeur permanente et le témoin prodigieux de l’évolution et même la chute de toutes les civilisations de l’Occident. Il dure en se rénovant chaque jour. Et nous, nous sommes comme lui et, plus encore, cette faculté de durée suscite avec une vigueur inattendue les sentiments que l’on croyait endormis, de ces milliers de nos compatriotes qui, au-delà des mers, dans cette Amérique qui les a accueillis, ont aujourd’hui relevé la tête pour regarder vers nous, pour recevoir avec enthousiasme nos représentants. Généreux, ils nous tendent la main et nous donnent notre pain quotidien, qui, dans son sens matériel, ne vaut rien à côté de cette magnifique résurrection de la fraternité de la race basque, qui, née dans un petit territoire, dans un petit peuple, a assez de force pour rayonner au-delà des frontières de notre pays, pour survivre à l’infortune, pour rester éternellement maîtresse de sa maison.

L’exemple basque recueilli par le Gouvernement de la République.

Nous allons parler, maintenant, de quelques choses qui vous intéressent. Cet esprit qui est le nôtre et dans lequel nos sentiments religieux occupent une si grande place, été accueilli, ici, dans le territoire de la République, par le respect et l’affection tous.
Les efforts de notre Manuel de Irujo en faveur de la normalisation de vie religieuse dans le territoire de la République ont   reçu du Président Negrin l’accueil le plus compréhensif. Et dans ce pays où, au début de cette lutte, de condamnables excès ont été commis contre les personnes et les édifices de l’Eglise, aujourd’hui règnent la tolérance et le respect des croyances, appuyés par les autorités et profondément professés par le peuple. Vous savez bien que je vous ai toujours parlé clairement. Je ne rejetterai jamais sur le peuple la faute de tant  d’atrocités qui nous ont fait tant de mal dans la première période révolutionnaire de cette guerre. Peut-être devra-t-on chercher une origine plus reculée à ces faits déplorables. En particulier, cette origine, peut-être la trouverait-on dans les manifestations publiques de ceux-là qui, oubliant la soif de justice sociale  du peuple, donnaient  libre cours à des déclarations d’un sectarisme désuet
Aujourd’hui, le peuple a conquis cela. Il vaut mieux bien imposer les rentes ou destiner les choses de bien commun que de s’amuser à brûler des églises. La première chose est juste, la seconde discrédite sans aucun profit.

Hommage au Saint-Père, défenseur de la dignité humaine

L’église, pas plus que la Foi, n’est coupable des erreurs commises par ceux qui se sont permis de compromettre le Christ contre sa volonté ou de définir avec leur autorité spirituelle des questions que Dieu a laissées à la libre discussion des hommes. Pauvre religion, mise en discussion devant les multitudes ! Pauvre Église, violemment persécutée en Allemagne et à la veille de jours tragiques en Italie. ! Comme on vous cache ces  choses ! Permettez-moi, de cette tribune, à Barcelone, comme Président du Gouvernement Basque, en tant que catholique, remerciant Dieu, aujourd’hui encore, de la Foi qu’il a bien voulu me concéder et dans laquelle je veux mourir, permettez-moi d’adresser à l’Auguste Vieillard du Vatican un salut ému et respectueux pour la défense de la dignité humaine  que par ses paroles et sa conduite il réalise contre les courants  antichrétiens, antihumains et tyranniques  du paganisme fasciste. Ce salut, je sais que tous les hommes de bonne volonté l’adresseront avec moi. D’ici, nous pouvons, nous Basques, parler avec cette clarté et dans la sincérité de notre cœur. C’est aussi en votre nom que j’adresse ce salut, en notre nom à vous, mes compatriotes opprimés ,qui, sans pouvoir exprimer de là où vous êtes ce sentiment, vous associez à mes paroles.

L’échange des prisonniers :la responsabilité de Burgos.

Une autre affaire qui vous intéresse grandement est celle de l’échange des prisonniers. Eh bien, j’ai le devoir de vous dire  que l’attitude du Gouvernement de la République à ce sujet est digne de tout éloge. Accueillant les suggestions de représentants étrangers, il a poussé son esprit d’humanité jusqu’à des limites qui auraient pu difficilement être dépassées par quiconque. Observant fidèlement la parole donnée, il a facilité sans cesse tous les échanges. Ici, il y a une autorité ;tous savent à qui s’adresser , la parole donnée est tenue. Si l’on avait répondu comme elle le méritait à cette conduite, des milliers d’hommes souffre innocemment auraient été libérés. Plus encore : beaucoup d’hommes aurait pu être sauvé des pelotons  d’exécution.
Toute la responsabilité retombe sur Franco.
 Je vous rapporterai seulement une impression que j’ai reçue il a peu de jours de hautes  personnalités qui, parlant de cette question, me dirent :
 « Dans le territoire de Franco on ne sait à qui s’adresser. Il n’y a ni autorité, ni organisation en cette matière. Et c’est ainsi que répond de tous ces actes l’administration de Burgos , qui paraît absolument ne pas exister. »
Tout ceci est rigoureusement exact. Naturellement, la conséquence internationale de ces différentes conduites, c’est que chacun reçoit son dû .

Le Gouvernement Basque prend soin de ce qui appartient aux Basques.

Passant brusquement de ces questions à d’autres ,plus matériels et plus prosaïques, je veux aussi vous apprendre autre chose.
Même les personnes qui là-bas, ont passé leur temps à diffamer et à insulter le Gouvernement Basque ,peuvent avoir la  satisfaction de savoir que les valeurs et les  objets des Basques et des Sociétés  de toutes sortes que le Gouvernement d’Euzkadi a évacués, sont déposés sous bonne garde, rigoureusement classés avec le nom de leurs propriétaires respectifs est administrés par le Gouvernement Basque conformément à l’accord qui fut conclu par lui  avec le Gouvernement de la République. Tel est l’esprit de compréhension qui règne  ici. C’est un détail que nous avons une grande satisfaction à vous faire faire connaître, en attendant le jour où nous pourrons démontrer  notre bonne administration en rendant les titre à leurs légitimes propriétaires, une fois accomplies, naturellement, les décisions que prendra la justice pour chaque cas particulier. En attendant, soyez tranquilles, le Gouvernement Basque veille sur ce qui intéresse les Basques. Il sera donc prudent de ne pas s’aventurer en des opérations risquées et bien moins encore avec des étrangers. Avertissez-en ceux qui ne l’auront  pas entendu et que cela pourrait intéresser.

Ni démagogie ni dictature une démocratie ferme.

Notre indépendance d’esprit et notre position sont si fermes que personne peut-être ne pourra  parler si nettement et avec autant d’autorité que nous.
Nous restons ce que nous avons toujours été. Et c’est grâce à l’esprit qui nous  anime, et avec lui, que nous avons lutté et  que nous continuerons à lutter. Nous, les Basques , nous avons une tradition, la tradition séculaire de la liberté ,et une éducation politique originale qui ne date pas d’aujourd’hui. Notre tradition nous servira de base pour notre marche vers l’avenir. Nous n’avons pas besoin de prendre quoi que ce soit à l’étranger. Nous avons tout chez nous et  depuis des siècles : démocratie sans démagogie _rappelez-vous nos Juntes Générales ;un pouvoir fort, sans les errements des dictatures_ rappelez-vous notre Gouvernement de la Seigneurie_ ; une justice sociale subordonnée au principe du bien commun _rappelez-vous nos lois du Fuero_ ;une égalités des citoyens ,considérés tous comme des aristocrates. Nous voulons l’égalité dans le bien-être, nous ne la voulons pas dans la misère.
Tout ce passé historique, toute cette énergie humaine qui a servi d’exemple et de modèle aux plus grandes démocraties, tout cela me vient à l’esprit pour me rappeler une date historique :le 25 octobre 1839.

Les successeurs des traîtres de 1839.

Dans quelques jours nous entrerons  dans l’année 1939, qui marquera le centenaire de cette date, funeste pour tous les Basques. Une date qui rappellera la trahison de la monarchie espagnole tristement appelée libérale ,qui rappellera la félonie d’Espartero, l’hypocrisie avec laquelle il promit de dégainer  son épée dans le cas où les «Fueros »  ne seraient pas respectées, promesse qui, elle non plus ne fut pas tenue, lorsque nos pères eurent jetés leur épée  sur le sol. Tristes leçons de notre histoire qui ne se produiront plus. Je vous le jure.
Que sont-ils d’autre que les successeurs d’Espartero, ceux qui, là-bas vous oppriment ? Ils brisèrent la paix de nos ancêtres et ont brisé à nouveau notre paix d’aujourd’hui. Contre ceux-là, traîtres d’alors et traîtres d’aujourd’hui, nous devons nous unir, nous les Basques de tous les partis, contre les Espartero et les Maroto. Et par ces Basques de tous les partis j’entends, non seulement nous qui luttons ici pour la défense de la liberté de notre peuple, à laquelle les lois de la République ont ouvert un chemin, mais vous aussi, Basques qui aspirez à recouvrer nos libertés historiques et pour cette raison, vous êtes groupés sous le drapeau trompeur de la rébellion. À vous surtout, Basques de Navarre et d’Alava, c’est à vous que je m’adresse, et à vous qui, en Biscaye et en Guipuzcoa, révérez le drapeau d’une tradition dont on vous cache le véritable caractère, mais qui réclame, elle aussi la restauration de liberté qui nous a été arrachée en 1839.
Tout cela, tout se passé de grandeur, qui est ce qui nous tient le plus à l’âme, toutes ses aspirations, qu’ont-elles de commun avec ce national-syndicalisme improvisé, étrangers, importé et artificiel ? Quelle liberté et quels « Fueros » Basques peuvent comprendre ni octroyer ces hommes qui commencent par vouloir détruire notre âme et finissent par se livrer à l’étranger jusqu’à juste que dans leurs gestes et dans leurs cris ? Ils ne pourront jamais nous comprendre. Ils ne pourront comprendre ni notre âme, ni notre tradition. Vous, vous me comprenez mieux qu’eux, ce qui est notre, c’est ce qui court dans nos veines, ce sont des siècles de notre histoire  de peuple libre, ce sont des institutions qui sont nées pour la défense de nos foyers. Ce qui est leur est froid, est né d’aujourd’hui, est venu de règlements approuvé à Rome ou à Berlin, qui  n’ont rien de commun avec nous. Levez le drapeau de nos libertés, réclamez l’abolition de la loi de 1839,levez  ce drapeau en  union avec tous les cœurs basques, dans cette année décisive !
Buste de José Antonio De Aguirre à Saint-Jean-de-Luz.

Le gouvernement d’Euzkadi saura  accomplir son devoir.

L’âme de notre vieux peuple vibrera comme jamais cette année mémorable, et unira ses fils dans un même cri de triomphe. Je vous le promets. Vous surtout, Basques de Navarre et d’Alava, hommes généreux, qui avez souffert et restez pénétrés de votre idéal. La race vous appelle en cette année 1939 où les pierres mêmes de notre sol se lèveront pour demander  que  soit rétablie la justice, violée il y a cent ans et proclamer l’union de tous les Basques de bonne volonté.
Ce qui est arrivé à nos pères, il y a un  siècle, cela n’arrivera  plus ,cela ne peut plus arriver. Aujourd’hui, il y a un Gouvernement d'Euzkadi, qui  a la pleine conscience de son devoir. Ce devoir il saura l’accomplir, je vous l’assure. Il y a une certaine différence entre les hommes qui oppriment et les hommes de la République. Lorsque nous triompherons, vous pourrez tous parler. Les valeurs spirituelles de notre peuple sont garanties par une conduite, la nôtre, et sont scellées de notre sang. Si vos ennemis, qui sont les nôtres, triomphaient, Il ne serait permis à personne de parler. Quelle différence ! Ici non seulement l’amnistie a été décidée pour ce jour-là , mais  encore les portes sont ouvertes à l’expression la plus large de la volonté populaire. Ceci a été convenu par des personnalités responsables qui représentent des parties et des peuples.

Les intérêts des démocraties européennes.

Que peuvent-ils promettre là-bas ? Pardonnez que je vous aie posé cette question pour la forme, car il est déjà trop tard. Il existe une Armée qui est née du peuple même, de ce peuple qui brisera tous les plans et toutes les illusions que forgeront ces hommes. Il est trop tard, mais de plus, savez-vous où il vous mènent ? Le savez-vous, par hasard ?
Nous allons brièvement examiner la politique internationale.
Les intérêts impériaux de la France et de l’Angleterre opposition avec ceux de vos alliés. Et par conséquent avec les vôtres. Ils coïncident par contre  avec nos intérêts  pour des raisons de régime, d’opportunités et aussi dans ce cas, de justice. Vous avez choisi_je m’adresse ici à vos  oppresseurs, vous le comprendrez_vous avez choisi des amis éphémères comme tous ceux qui basent leur puissance sur la force.
Vous avez changé le cours de la politique internationale de l’Espagne, peut-être sans grande conviction, mais parce que vous y étiez obligés en échange des avions et des canons, nécessaires à la prolongation de ce massacre dont vous êtes coupables. Ce faisant, vous vous êtes livrés à l’étranger. Et plus grande sera l’arrogance Italo-allemande, plus grande sera l’aversion que le monde ressentira pour vous. C’est ce qui arrive déjà, et augmente avec le temps, non seulement en Europe, mais encore dans le monde entier.
Moi, j’ai toujours cru que cette situation devait se produire. Tous ceux qui m’ont écouté le savent bien.
À l’étranger on entend dire partout : « Franco est complètement tombé ,par contre la République se relève. »
C’est naturel. Les intérêts de la République Espagnole coïncident avec ceux de Paris et de Londres et de cette identité naît  nécessairement une politique. Les choses tardent à se produire, mais elles se produisent. Les démocraties de ces peuples , avec une vigilance infatigable et  avec une patience peut-être exagérée, même si elle est compréhensible, ont fait tout ce qui leur a été possible : elles ont attendu et cédé, bravant ainsi l’impopularité et n’ayant en vue  que le bien inestimable de la paix.
Cette politique touche à sa fin et, avec elle, l’arrogance Italo-allemande et celle de son petit serviteur, Franco.
Ne comprenez-vous pas que ces pays savent parfaitement que l’Italie se sert de l’Espagne comme d’une base coloniale future opérations ?
Ne comprenez-vous pas qu’il pense à la possibilité de transporter des troupes au Maroc Espagnol menacé le Maroc Français ?
Ne comprenez-vous pas que le détroit de Gibraltar les intéresse ?
Ne comprenez-vous pas que ces pays ne peuvent rester impassibles devant l’occupation de Majorque ?
Ne comprenez-vous pas que la garantie des Pyrénées et pour la France et l’Angleterre du plus haut  intérêts ?
Croyez-vous peut-être seul instant qu’ils vont  perdre allègrement leurs positions en Méditerranée ?
Et vous, quelles garanties offrez-vous si l’étranger, leur futur adversaire, vous domine, et si votre vie dépend de lui ?
Beaucoup de partisans de Franco le comprennent déjà, et leurs démarches tant soit peu nerveuses auprès des chancelleries ne sont pas sans être connues et commentées.

La belligérance et les dettes de Franco.

Il devait en être ainsi. L’Italie et l’Allemagne le savent bien .C’est pour cela qu’elles demandent le droit de belligérance pour Franco.
Je ne sais si, dans le territoire rebelle, on a parfaitement compris ce que signifierait le droit de belligérance ainsi demandé. Pourquoi le voulez-vous ? Pour bloquer les cotes républicaines ? Mais avec quelle escadre ?Avec la vôtre ?Vous comprendrez que cela n’est pas sérieux. Ah ! Avec celles de l’Italie et de l’Allemagne ?Et  vous, pensez gouverner un peuple que vous livrez à l'étranger ? Permettez-moi de vous le dire clairement : vous arrivez trop tard. Vous arrivez trop tard ; cela ne sera pas permis d’abord par les armes qui dans ce territoire défendent la  justice et la liberté et, en second lieu, parce que l’Europe nous connaît tous et sait  bien ce que chacun de nous représente ; elle comprend bien quelles seraient les conséquences de votre esclavage.
Écoutez-moi bien. Ce droit de belligérance qui à lui tout seul sera jamais suffisant  pour ce blocus si  désiré ne servira qu’à la reconnaissance juridique de vos dettes, à la régularisation de vos emprunts. C’est une des clauses de la reconnaissance. Vous comprendrez que nos envahisseurs, les vôtres, sont pressés de régler les comptes non payés.
Si la guerre finissait aujourd’hui _et ils doivent avoir des raisons de le craindre-quel serait juridiquement le sort de ces dettes, quels titres pourraient présenter vos créanciers, à qui pourraient-ils les présenter, que deviendraient ces dettes contractées par vous dans  cette terrible et  sanglante aventure ?Vous demandez le droit de belligérance et, ce faisant, vous ne faites que vous livrer pieds et poings liés à l’étranger qui veut vous faire signer la reconnaissance de vos dette envers lui, en  vous donnant pour cela une personnalité juridique suffisante. Combien d’attitudes en Europe sont aujourd’hui provoquées par ces considérations matérialistes !.

Il est encore temps de rectifier vos erreurs.

Vous avez violé la justice et le droit, vous avez attaqué le peuple, vous avez fait appel à des mercenaires pour lutter contre vos frères, vous vous êtes livrés à l’Allemagne et à l’Italie, vous avez détruit la paix de milliers de familles, et vous voulez encore signer de votre main l’acte qui consacrerait définitivement votre esclavage, qui, de plus, nous obligerait tous ? Le droit de belligérance que vous sollicitez, c’est cela. Vous êtes en mauvaise posture, pensez le bien. Il est encore temps de réparer vos erreurs  si vous avez  tant soit peu de conscience de votre devoir.
La conscience internationale vous est hostile parce que vous avez mal agi. Votre prestige extérieur diminue chaque jour, de même que la valeur de votre monnaie. Vous vous êtes placés aux cotés de ceux qui menacent tous les jours de déchaîner la guerre. Et celle-ci peut arriver. Que  Dieu ne la veuille  pas !Mais  si elle arrivait, que deviendrez-vous ? Je sais que vous y avez pensé. Je me souviens des derniers jours de Septembre. Vous vouliez alors  vous déclarer neutres. Faites-moi l’honneur de croire que personne n’a pris vos promesses au sérieux.
Mais supposez que les mêmes circonstances se présentent à nouveau et, avec elles, que vous répétiez vos déclarations de Septembre. Qui vous livrera l’armement qui vous serait nécessaire, quand ce ne serait que vous maintenir dans votre position actuelle ? Et si vous entrez dans le conflit général _ou pour mieux dire on vous y fera  entrer-ne comprenez-vous pas que le blocus le plus rigoureux serait la seule conséquence qu’entraînerait votre attitude déraisonnable ?
Ce n’est pas pour rien que les mêmes rares journaux amis qui vous restent en France et en Angleterre, ceux qui pensent comme vous, demandent une médiation. N’avez-vous pas peut-être travaillé vous-même à cette médiation, tout en le cachant au peuple qui verse des torrents de sang ? Pensez-y bien, et vous éviterez que plus de sang encore soit versé.

Pas de vengeance ! Justice et reconstruction .Discipline et foi.

Je reviens à vous, mes chers compatriotes, mais avant de parler dans notre langue nationale, je veux vous dire quelque chose qui soit compris ici et là-bas.
Ils nous ont insultés, ils nous ont calomniés, ils ont dévasté nos foyers, ils ont détruit  Guernica et ils nous ont ensuite calomniés, ils ont tué des milliers de femmes et d’enfants. Ils n’ont pas d’autre argument ni d’autre réponse à notre conduite et à notre œuvre. Eh bien ! Malgré tout cela, je vous dis : Maudit soit celui qui a dans son cœur un désir de vengeance ! Devant Dieu je peux vous affirmer que moi, je ne l’ai pas ; et je veux que, vous, vous ayez ce même sentiment.
Nous devons reconstituer notre peuple, nous tous, avec l’effort de tous. Nous ne le ferons jamais, si notre cœur est encore agité de sursauts de haine. Laissez la justice faire son œuvre.
Entendez notre voix comme vous l’entendiez avant .Vous nous avez  donné trop de preuves que vous avez scellées de vos souffrances et votre sang. Gardez une discipline de fer. Faites-vous un cœur impavide, espérez, gardez votre calme, ne vous impatientez pas : les jours s’approchent où, les foyers reconstitués, les  frères réconciliés, nous entrerons dans la voie de notre grandeur, nous verrons un avenir que nous bâtirons sur l’œuvre éternelle de nos ancêtres. Écoutez-moi bien. Discipline et Foi ! Vous me comprenez.



Buste de José Antonio De Aguirre à Saint-Jean-de-Luz.


Plaque sous le buste  de José Antonio De Aguirre à Saint-Jean-de-Luz.