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17 mai 2026

Pau -Drancy (11 juin-28 octobre 1943)

 

Pau - Drancy

11 juin-28 octobre 1943

C’est un rapport d’un inspecteur de police de la 17 e Brigade Régionale à Pau daté du 15 juin 1943 conservé par les archives départementales de Haute-Garonne. Il porte sur une affaire d’escroquerie au détriment d’allemands et de français. Le mis en cause, « de nationalité française, de confession israélite « est en fuite, 

La suite funeste, on la découvre à la lecture d'une mention marginale ajoutée le 6 février 1963  au regard de l’acte de naissance de Max Droukartchik né à Paris 12 e arrondissement. Un jugement rendu par le Tribunal de Grande Instance de la Seine en date du 9 novembre 1962 déclare qu’il est mort à Drancy,le 28 octobre 1943. Le parcours de Max Droukartchik entre la fuite à Pau et son passage à la cité de la Muette à Drancy reste à éclaircir.Puisse cet article y contribuer.

PAU 15 juin 1943

L’Inspecteur de Police de Sûreté J. KASTLER

à

Monsieur le COMMISSAIRE PRINCIPAL, Chef de la

17 e  Brigade Régionale de Police de Sûreté

à PAU

 

J’ai l’honneur de vous rendre compte de l’enquête effectuée à PAU, les 11,12,13 et 14 juin 1943,en exécution de vos instructions, à la suite d’une demande de la « Feldgendarmerie », au sujet d’une escroquerie commise au préjudice de soldats allemands et de ressortissants français.

FAITS

Le 11 juin 1943 à 23 heures la « Feldgendarmerie » vous téléphonait et demandait qu’un fonctionnaire du service procède avec sa collaboration à des recherches en vue d’identifier et de découvrir un prénommé « MARCEL », auteur d’une escroquerie commise au préjudice de soldats allemands. Elle ajoutait qu’elle gardait à vue un comparse dudit « MARCEL »

ENQUÊTE

Conformément à vos instructions je pris contact avec la « Feldengarmerie » qui a détaché un fonctionnaire de son service, avec lequel j’ai effectué des recherches qui ont abouti à l’identification de « MARCEL », en réalité DROUKARICHNIK Max, né le 9 mars 1912 à PARIS (Seine), de nationalité FRANÇAISE, de confession ISRAÉLITE, célibataire, coupeur de profession, demeurant à PAU, Hôtel des Pyrénées.

La Feldgendarmerie nous a remis le comparse du sus nommé REBERT Robert, né le 12 décembre 1923 à BISHEIM (Bas-Rhin) de Charles et de BUKB Anna, de nationalité Française, de confession catholique, cuisinier de profession demeurant actuellement à PAU (B.P.),54 rue Carnot. Elle a demandé en outre que l’enquête soit poursuivie par notre Service.

De l’interrogatoire de REBERT et des divers ressortissants français mêlés à cette affaire, il résulte ce qui suit :

Il y a deux mois environs, DROUKARICHNIK Max a chargé REBERT de lui trouver des acquéreurs pour un stock de café vert, qu’il désirait écouler au prix de 1500 francs le kilo.

REBERT est entré en relation avec des soldats allemands et a chargé son camarade MARERE Vincent de lui trouver des acquéreurs.

Le 11 juin, après-midi, un rendez-vous réunit REBERT, MARERE, BEVILACQUA et LACAMPAGNE ainsi que trois allemands au café « TOLEDO », place du Foirail à Pau. Il était 14 heures. MAX DROUKACHNIK n’a pas pris part à la discussion, mais se trouvait dans la chambre de REBERT, située au premier étage de l’immeuble. Après une conversation assez longue REBERT fit connaître que le vendeur ne livrerait cette marchandise que contre paiement. Deux allemands acheteurs de 100 kg de café refusèrent de le faire, mais le troisième ainsi que BEVILACQUA et LACAMPAGNE versèrent respectivement :44.000-51.000 et 32.000 francs, soit au total de 137.000 francs. Cette somme devait servir à l’achat de 100 kg de café qui auraient été livrés aux deux allemands. Le paiement de ces cent kilos permettait d’aller chercher la deuxième livraison destinée aux trois premiers payeurs.

Dès qu’il fut en possession des 137.000 francs REBERT alla les remettre à DROUKARICHNIK et revint peu après faire connaître que cet individu était allé chercher la marchandise. Il était à ce moment-là 17 heures.

A 22 heures DROUKARICHNIK ne venant pas les Allemands emmenèrent REBERT à la Feldgendarmerie, qui vous alerta après avoir reçu les explications de ce dernier.

Les recherches entreprises ont permis d’établir que DROUKARICHNIK a quitté précipitamment l’Hôtel des Pyrénées où il logeait, le 11 juin, vers 17 heures, après avoir fait régler sa note par le nommé FERRINGER Albert Jules, né le 4 décembre 1922 à Lauterbourg, qui n’a également pu être retrouvé. Ses bagages ont été portés à la gare par un employé de l’hôtel, et enregistré à l’adresse suivante :AVAN ou AVEN, Hôtel Normandie, à Aix en Provence.

Dès connaissance de ces renseignements, un télégramme de recherches a été adressé à la 9 e Brigade de Police de Sureté à Marseille. Ce même télégramme a été adressé au Service Régional de diffusion à Toulouse et diffusé aux services de Police et de Gendarmerie de notre circonscription.

REBERT a reconnu son intervention en ce qui concerne la proposition de vente du café, mais a déclaré avoir toujours cru à son existence et ignoré tout de la machination ourdie par DROUKARTCHNIK.

Déféré au Parquet de Pau,il a été laissé en liberté provisoire en raison de l’insuffisance des charges relevées à son encontre.

Un mandat d’arrêt a été décerné contre DROUKARTCHNIK par M. le Juge d’Instruction POTTECHER, saisi de l’affaire.

MARERE Vincent, né le 31.10.1916 à Pau, LACAMPAGNE Eugène, né le 5.6.1920 à Bayonne, BEVILACQUA Alexandre, né le 12.12.1916 à Gênes (Italie), inculpés de trafic de denrées contingentées, ont été laissés en liberté provisoire.

L’Inspecteur de Police de Sûreté


Source :AD 31 Cote : 5795 W 69
Pau, escroquerie au préjudice de militaires allemands, recherche du protagoniste et de ses complices : rapport de l'enquête menée en collaboration avec la Feldgendarmerie (1943, 15-21 juin)

 

Rectificatifs et compléments à la note du 15 juin 1973

de l’Inspecteur de Police Jean KASTLER

« DROUKARICHNIK Max, né le 9 mars 1912 à PARIS (Seine) »

L’acte de naissance en ligne de DROUKARTCHIK Max

L’an mil neuf cent douze les douze mars à dix heures du matin acte de naissance de Max Droukartchik du sexe masculin né le neuf mars courant à six heures du matin rue Chaligny 19 bis fils de Bourekh Droukartchik âgé de vingt-quatre et de Beila Grinschpan âgée de vingt-sept ans, mariés, domiciliés rue des Ecouffes (…)

5 mentions marginales :

1_Reconnu le vingt-six juin mil neuf cent vingt-huit à la 4 e mairie de Paris par Bourekh Droujartchick et par Bejla Ruchla Grynszpan

2_Légitimé par le mariage de Bourekh Droujartchick et de  Bejla Ruchla Grynszpan célébré le vingt-six juin mil neuf cent vingt-huit à la mairie du 4 e mairie de Paris

3_Marié à Choisy-le-Roi (Seine) le dix-neuf décembre mil neuf cent trente-cinq avec Julienne Antoinette Fichter

4_Mariage dissous par jugement de divorce rendu le 19 mai mil neuf quarante-trois par le Tribunal civil de la Seine (…)

5_Décédé à Drancy (Seine) le vingt-huit octobre mil neuf cent quarante-trois. Acte transcrit à Paris troisième arrondissement le vingt-cinq janvier mil neuf cent soixante trois

Source :Archives de Paris
https://archives.paris.fr/archives-numerisees/etat-civil-de-paris/etat-civil-a-partir-de-1860
12N 252, 5/3/1912 - 18/3/1912 Acte N°924 Vue 16/31

 

Mort à Drancy ou en déportation ?

Vu la signification à Nous faite le vingt-deux janvier mil neuf cent soixante-trois, de la grosse d’un jugement rendu par le Tribunal de Grande Instance de la Seine en date du neuf novembre mil neuf cent soixante-deux, Nous transcrivons ici le dispositif dudit jugement LE TRIBUNAL …PAR CES MOTIFS… Dit et déclare que le vingt-huit octobre mil neuf cent quarante-trois, est décédé à Drancy (Seine) Max DROUKARTCHIK,  domicilié à Paris (iii)°) ,9 rue Elzévir, né à Paris (XII°),le neuf mars mil neuf cent douze, fils de Bourekh DROUKARTCHIK et de Bajla Rucla GRYNSZPAN, son épouse. Divorcé de Julienne Antoinette FICHTER.  Dit que le présent jugement tiendra lieu d’acte de décès du sus-nommé et qu’il sera opposable aux tiers dans les termes de l’article 91 du Code Civil. Ordonne la transcription du dispositif du présent jugement sur les registres courants de la Mairie du 3 e Arrondissement de Paris.  (…)

Source :AD 75_Paris 3 e _3D 186, 1/1/1963 - 30/5/1963 Acte N°56/21  Vue 8/31

Le registre des décès du 3 e arrondissement de Paris sur la période du 1/1/1963 au 30/05/1963 comporte plusieurs jugements déclaratifs de décès à Drancy pendant l'occupation allemande. Par la suite, plusieurs de ces actes ont été rectifiés par l’apposition d'une mention supplémentaire  précisant le lieu de la mort en déportation. 

 

Pour aller plus loin

Le site internet des archives départementales de la Seine-Saint-Denis 

Drancy,registre en ligne des décès 1943 
1E029/119 - Actes de décès, 1943.
Cité de la Muette et gare de Drancy 
On trouve dans ce registre de nombreux décès enregistrés en 1943 ou postérieurement.
 

Article 

Les morts au camp d’internement de Drancy (1941-1944)
Johanna Lehr
Dans 20 & 21. Revue d'histoire 2019/3 N° 143 , pages 99 à 111
Éditions Presses de Sciences Po
ISSN 2649-664X
ISBN 9782724636192
DOI 10.3917/vin.143.0099
Date de mise en ligne : 04/09/2019
Article disponible en ligne à l’adresse
https://shs.cairn.info/revue-vingt-et-vingt-et-un-revue-d-histoire-2019-3-page-99?lang=fr

Livre

Les victimes n’étaient pas assez belles
Déportation,mémoire et exclusion
Lucie Hébert
ISBN :978-2-492665-09-7
Éditions Grevis
32 avenue de Creully
14000 Caen
editionsgrevis.com

Quatrième de couverture

Les monuments aux morts de la Deuxième Guerre mondiale sont nombreux dans nos villes. Les hommages aux déportés et fusillés sont ritualisés et leur tragédie est l’objet d’un apprentissage scolaire. Pourtant, au cœur de ce « devoir de mémoire » se cache un oubli de taille. Méthodiquement le sort terrible d’une partie de ces victimes a été doublé d’un oubli institutionnel. Parce qu’ils ont été considérés comme coupables de faits de droit commun, la République française a fait de ces hommes et ces femmes des parias de la mémoire et du droit à la réparation.
Lucie Hébert nous raconte l’histoire de la mise au ban de ceux qui ont été jugés indignes de la république.

28 avril 2026

Polo-Beyris : une inscription trompeuse gravée sur une plaque mémorielle privée

Polo-Beyris  : une inscription trompeuse gravée sur une 

plaque mémorielle privée

Ce n’est pas la liberté d’expression d’une militante qui est en cause, mais la fausseté d’un pan d’histoire qu’elle transmet aux passants. Devant son domicile au Polo-Beyris, une élégante plaque de qualité professionnelle, sur laquelle est gravée l’inscription suivante :

108 soldats noirs des colonies de la France internés au Fronstalag 222,

25 femmes, enfants, vieillards réfugiés de l’Espagne en guerre civile

sont morts sur ce terrain et dans le quartier du Polo-Beyris de 1939 à 1945,

Victimes du fascisme, de la guerre

N’OUBLIONS PAS, A BAS LA GUERRE.

Cette inscription invite à examiner tous les décès des différentes populations qui sont passées par le camp du Polo-Beyris de 1939 à 1946. Les noms des morts, les « domiciles », les lieux et dates de décès, sont précisés dans les actes d’état civil.  

 Aucun réfugié espagnol a succombé au centre d’Hébergement du Polo entre le 6 février et le 30 septembre 1939. Ils sont morts à l'extérieur du camp, à l’hôpital de Bayonne. Il est utile de rappeler également, qu’en 1939 dans ce même   établissement, des réfugiés espagnols en provenance de la  colonie du Métro à Tarnos et du camp de Gurs sont morts.

Aucun prisonnier originaire du Magreb, d’Afrique noire et de Madagascar a perdu la vie derrière les barbelés du Polo. Les lieux de décès sont rue des Gouverneurs, dans l’entourage de la médiathèque , et à l’hôpital de Bayonne.

Un interné français, poursuivi pour des faits de collaboration, a trouvé la mort dans le camp, le 5 avril 1945 . Acte N°180

69 prisonniers allemands et autrichiens sont morts en 1945-1946 dans le camp (dépôt 189 )

Dès lors, une question se pose : compte tenu de ce qui précède, le lieu réel de décès des réfugiés espagnols et des prisonniers coloniaux sera-t-il rectifié.sur la plaque mémorielle privée ? A l’inverse, ne pas rétablir la vérité, contribuerait à brouiller encore  la compréhension de l’histoire du camp. 

Pour aller plus loin 

En mairie de Bayonne ,les registres  des décès de 1939 à 1946 (et au delà) sont accessibles,gratuitement et sans formalité particulière à toute personne qui le demande .Il est suggéré de s'entendre avec le service de l'état civil afin de  ne pas gêner le travail des employés.
 

Les registres de décès de Bayonne , sont également disponibles jusqu'en 1942 au Pole d'archives , annexe des Archives départementales des Pyrénées-Atlantiques ,39 avenue Duvergier de Haurannre, pour les lecteurs inscrits.Les photographies sans flash sont autorisées.

Voici les cotes :

Registre des décès Bayonne 1939 = 4 E 102 /262

Registre des décès Bayonne 1940 = 4 E 102 /263

Registre des décès Bayonne 1941 =  4 E 102 /264

 Registre des décès Bayonne 1942 = 4 E 102 /265

 Articles du blog avec extraits d'acte d état civil 

Service Historique de la Défense à Caen 

https://www.servicehistorique.sga.defense.gouv.fr/le-shd-en-france/centre-des-archives-de-caen 

Ce service met à la disposition du public les dossiers administratifs des  militaires décédés au cours de la Seconde Guerre mondiale.

 

Ouvrage de référence 

Polo-Beyris

Un camp oublié à Bayonne 1939-1947

Collectif pour la Mémoire du Camp de Beyris

Préface de Claude Laharie

ELKAR Histoire

I.S.B.N.:978-84-9027-932-8