mercredi 22 février 2017

Vérité estampillée

"Pour parvenir à discréditer les actes du Gouvernement et affaiblir son autorité,tous les moyens sont mis en usage.On répand des brochures,des pamphlets,des libelles;ils émanent le plus souvent des presses étrangères,..."


Pau,le 10 octobre 1852

A Messieurs les Sous-Préfets et les Maires du Département

L'orthographe de l'époque a été respectée.

Messieurs,

Au nombre des mesures qui appellent la sollicitude incessante de l'autorité,figurent en première ligne la poursuite et la répression des publications clandestines.Ces publications sont aujourd'hui l'arme que les adversaires du Gouvernement emploient pour le combattre.Le premier devoir du fonctionnaire est de déjouer ces coupables tentatives.Il doit garantir l'opinion publique contre tout ce qui pourrait la vicier ou lui imprimer une fausse direction,il doit mettre les esprits honnêtes à l'abri des insinuations mensongères,des calomnies perfides que les mauvaises passions tentent trop souvent de propager.
Pour parvenir à discréditer les actes du Gouvernement et affaiblir son autorité,tous les moyens sont mis en usage.On répand des brochures,des pamphlets,des libelles;ils émanent le plus souvent des presses étrangères,et rien n'est négligé pour les soustraire au contrôle de la douane et l'interdiction qui les frappe.
L'auxiliaire le plus puissant de ces distributions occultes est,sans contredit,l'industrie du colportage.Elle est d'autant plus dangereuse,qu'autorisée et réglée par la loi,elle semble protégée contre la défiance des populations par la sanction du Pouvoir,et que c'est en quelque sorte de l'autorité elle-même,qu'elle glisse en touts lieux,le poison d'une propagande anarchique..La surveillance doit surtout être active dans les départements frontières où le contact incessant avec les populations limitrophes facilite l'entrée des publications dangereuses et prohibées.
Sans doute,le Gouvernement trouve dans les fonctionnaires des villes de quelque importance un concours utile contre la propagande du colportage;mais il ne peut être secondé aussi complètement par les fonctionnaires des communes rurales.Il est quelque-fois très long pour eux de comparer les titres d'un grand nombre d'ouvrages interdits ou tolérés avec les énonciations du catalogue visé et autorisé par le Préfet.C'est ainsi qu'une certaine quantité de livres et gravures prohibés circulent impunément là où ils sont précisément le plus funeste,je veux dire dans les villages.
Cet abus généralement signalé ne pouvait échapper à la sollicitude de M.le ministre de la police générale;il a pensé pouvoir le combattre efficacement ,en rendant le contrôle plus rapide,plus facile et par cela même plus certain et plus sur.
M.le Ministre a décidé en conséquence,que chaque volume d'un ouvrage quelconque,chaque exemplaire d'écrit ou gravure,renfermé dans la balle du colporteur et dont le Préfet aura cru devoir autoriser la vente dans son département,devra être frappé préalablement d'un timbre spécial dans les bureaux de la Préfecture.Tout ouvrage qui désormais ne porterait point cette estampille,devra être immédiatement saisi.Je vous invite à donner des ordres aux fonctionnaires qui relèvent de votre autorité et auxquels cette mission est confiée pour qu'une surveillance active soit exercée,et que ces instructions précises ne puissent être éludées.
Vous recevrez,avec cette circulaire l'empreinte du timbre spécial destiné à ce département;par un rapprochement attentif,il vous sera facile de vous convaincre de l'authenticité ou de la fausseté de l'estampille dont les ouvrages seront revêtus;l'apposition du timbre spécial ne peut d'ailleurs suppléer à l'autorisation exigée par l'art.6 de la loi du 27 juillet1849,elle n'en sera au contraire que la confirmation et le complément;le permis de distribution continuera a être délivré dans les mêmes formes que dans le passé;l'estampille sera sera un moyen de plus de vérification et de preuve.
Vous ne sauriez vous méprendre,Messieurs sur le sens et la portée de ces instructions;elles n'ont d'autre but que de moraliser l'exercice du colportage,d'en réprimer les abus et de mettre les populations à l'abri de cette détestable propagande qui égare l'esprit et déprave le cœur.En protégeant vos administrés contre ces influences pernicieuses,vous rendrez vos devoirs plus faciles et vous aurez dignement coopéré au but que le chef de l'état a si noblement indiqué:le triomphe de la vérité.
Agréez,Messieurs,l'assurance de ma considération distinguée.

A.FOURNIER

Pour copie conforme:
Le Conseiller de Préfecture,Secrétaire-général,
d’ÉTIGNY  

 

Source:
Département des Basses-Pyrénées
Recueil des actes administratifs
Année 1852 _Collection particulière_

Librairie._Colportage._Instruction pour l’exécution de la loi du 27 juillet 1849 Pages 321 à 323 

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