mardi 31 mars 2015

Des jours empoisonnés d'une marchande d'olives et de cacahuetes

Bayonne,septembre 1940, une marchande ambulante , met en cause un architecte de renom,un peintre décorateur et le directeur du théâtre .

Remarques du blog:
La lettre,extraite du fonds 1027 W 10 Tribunal de Grande Instance de Bayonne , a été transcrite en l'état.Le nom ainsi que l'adresse de la plaignante ont été  volontairement masqués.


Bayonne le 7 septembre 1940
Monsieur le Procureur
"Depuis 1937,Monsieur le Procureur ,je viens auprès de vous pour vous demander si ce ne serait pas un effet de votre bonté,de vouloir faire cesser ce qui se passe depuis longtemps,et aujourd'hui comme c'est plus fort que jamais et que l'on me fait beaucoup de misères dans la ville de Bayonne ,aussi je me permets de faire appel à votre bon cœur,pensant d'avance que je réussirai.Je vous dirai d'abord que je suis marchande d'olive et de cacahuètes que je vends aux terrasses de café mais à Bayonne seulement,et je suis traitée d'une manière infâme car sitôt que je mets le nez dehors j'ai toute la jeunesse après moi,et tout cela vient des théâtres et cinémas,surtout depuis 1929 où j'ai été représentée dans une revue locale à Bayonne et partout ailleurs,à Biarritz aussi,à St Jean de Luz,à St Vincent,depuis ça dure toujours et même cette semaine au théâtre,il y a une caricature et au Majestic; j'ai entendu dire,et moi lorsque je suis dans la rue tranquille et ne pensant qu'à mon travail.Monsieur le Procureur,je suis insultée et méprisée;j'entends,Dieu merci;toutes les réflexions bafouée et calomniée jusqu'à atteindre mon honneur et certes ces Messieurs du théâtre ne sont pas bien délicats de manger des sous en attaquant ma réputation;tout cela me rend bien malheureuse et me font passer des jours empoisonnés et le Maréchal Pétain,dans sa nouvelle formule dit qu'il se faut se défendre en toute matière et de faire justice,et ces Messieurs n'ont pas le droit ,ni ma permission de me mettre dans les cinémas;ils ont été condamnés en 1937,par la justice de Paix le 12 juillet,et aujourd'hui ils recommencent plus fort que jamais ,aussi je veux être payée et ils profitent de moi parce que je ne peux pas me payer un avocat.
Voici,Monsieur le Procureur,les noms des auteurs de la revue des artistes de Bayonne,Mr Benjamin Gommès,villa Malaye St-Esprit,Mr Georges Périer,peintre décorateur,quai des Corsaires ainsi que le directeur du théâtre.Et maintenant je demande des dommages intérêt pour tout le mal qu'il m'on fait et à présent ils font faire des méchancetés par intermédiaire et le juge de Paix et le Procureur doivent mettre main forte,aussi je compte sur vous.
On m'a donné le sobriquet de Georgette et toutes les fois que je suis en train de vendre il y a des gamins qui m'appelle Georgette et même des gamins de 7 à 8 ans qui me diffament en se fichant de moi;je sers de risée à Bayonne,aussi j'en suis malade.Je désire donc ,Mr le Procureur qu'on me laisse tranquille,et à présent en leur demandant une forte somme,ils s’arrêteront,ils ont assez profiter de moi et ont fait une fortune à mes dépens.
Comptant sur votre bienveillance ,Mr le Procureur de la République,je vous adresse mes respectueux hommages
Mademoiselle

Adresse à Bayonne

Annotation  au recto de la lettre
Mr le C de Police à Bayonne
Prière d'inviter la plaignante à s'adresser si elle le juge utile,à un homme d'affaires (..) ou un avoué,les faits signalés n'étant pas de nature  à motiver mon intervention d'office.

9 septembre 1940
Le Procureur de la République

Sources:
1027 W 10 Tribunal de Grande Instance de Bayonne 
Procès verbaux de Gendarmerie et Police 
Juillet - décembre 1940
Document consultable au Pôle de Bayonne et du Pays Basque AD 64 ,39 avenue Duvergier de Hauranne 64100.

Je remercie Nathalie qui m'a signalé l'existence de cette lettre .