mercredi 21 janvier 2015

1943:sévices contre les détenus de l'’Hôtel Édouard VII à Biarritz.

Transcription d'un document recto-verso,dactylographié, non signé,adressé au Préfet des Landes.

Le 24 aout 1943
Renseignements envoyés à M.le Préfet des Landes
Note au sujet de l’Hôtel Édouard VII


L’Hôtel Édouard VII,situé à Biarritz,avenue Carnot, est occupé depuis l'année 1942 par le Service de la Police de la douane allemande .
Une partie des sous-sols de l’hôtel était affecté à usage de cellule pour les détenus hommes, tandis que les femmes occupaient les chambres de l’hôtel St-Julien,en face de l’Hôtel Édouard VII.

Cette prison a été le siège de nombreux abus et sévices commis par les policiers, et plus particulièrement par les Policiers civils contre les détenus.
A) Les faits suivants ont été portés ,verbalement ou par écrit, à la connaissance de la Feldkommandantur de Biarritz.
Ils peuvent être considérés comme exacts, la personne qui les a rapportés aux Autorités allemandes ne pouvant pas se permettre de se faire écho de simples racontars.
1° Il est d'usage courant de faire subir aux prisonniers de véritables tortures, afin de les faire rentrer dans la voie des aveux.
Ces sévices se passent dans une chambre du dernier étage de l’hôtel.
Malgré les précautions prises,les cris et hurlements des malheureux ont été entendus de l'extérieur de l’hôtel.
Faits cités à ce sujet à la Feld:
Flagellation avec une lanière munie de morceaux de fer.
Écrasement répété du pied tous les matins,pendant 8 ou 10 jours de suite,jusqu'à la tuméfaction complète,par un soldat chaussé de gros souliers.
2° Le 30 juin 1943,vers 17 heures,un prisonnier d'une vingtaine d'années s'échappait de l’Hôtel Édouard VII.
Rejoint quelques instants après par la Police de la douane, il était littéralement assommé sur la voie publique.
Une cinquantaine de personnes ont assisté à cette scène qui s'est déroulé en plein centre de Biarritz.
La figure ensanglantée,le malheureux, sans connaissance, semble-t-il,a été trainé à la prison.
On a pu croire, mais cela n'a pu être vérifié, que le malheureux était mort le lendemain.
Ces faits ont été portés à la connaissance du Feld Général qui a fait procéder à une enquête.

B° D'autres faits significatifs sont une preuve nouvelle infligée aux détenus dans cette prison.
Les prévenus,la plupart de tous jeunes gens, sont entassés dans des caves dans des conditions effarantes.
M.D...,ayant pu obtenir ,pour raison de service,de pénétrer le 17 aout dans les cellules,accompagné de Mle X.interprète, a constaté que, dans une pièce de 20 m2 environ et de 2.20 à 2m.30 de hauteur sous plafond,ne disposant comme aération que deux ouvertures de 1m.20 sur 0.20 environ, étaient entassés, pèle-même une trentaine de détenus,disposant en tout et pour tout de 4 châlits brisés et d'un vieux lit de fer.
Avec la chaleur,l'air était irrespirable.
A une question posée par M.D....s'étonnant du nombre de personnes détenus dans cette pièce, l'un des jeunes prisonniers affirma que 52 prisonniers s'étaient trouvées réunis quelques semaines auparavant dans ce même local.
Dans une autre cellule de 8m2 environ, dont la seule ouverture était fermée,se trouvaient ,sans aucune ventilation,éclairés à l'électricité,une douzaine de détenus.
Tous ces détenus étaient à peu près nus,couchés par terre ou entassés sur les quelques châlits.
A la suite de la visite d'un Général à l’Hôtel Édouard VII,les prisonniers de la Douane ont été transférés depuis samedi 21 aout à l’hôtel de la Paix,où ils sont logés dans une petite annexe contiguë à l’hôtel.
Malheureusement , au cours d'une visite faite samedi à cette nouvelle prison par M.D.....Chef de Service à la Mairie, il a été constaté que les détenus étaient de nouveaux entassés, avec plus d'aération qu'à l’Hôtel Édouard VII et convient de le reconnaitre, dans les quelques pièces de l'annexe.
Sur la demande de M.D...., il a été transporté le même jour suffisamment de châlits, pour qu'il puisse y avoir environ 1 lit pour 2 détenus, ce qui constitue un progrès énorme sur l’Hôtel Édouard VII.
A noter cependant qu'il parait possible, étant donné les vastes sous-sols de l’Hôtel de la Paix, d'aménager suffisamment de cellules pour permettre de loger normalement les détenus.
Il a, d'autre part, été envoyé aux prisonniers, dont certains se trouvaient dans le dénuement le plus complet, des chemises et des couvertures.
Il est fréquent que des détenus soient astreints à rester debout contre le mur pendant de longues heures, sous la garde d'un policier. Ceci a été constaté  effectivement le 17 aout par M.X.Ce jour-là,en effet,à 10 h du matin,dans le hall de l’Hôtel se trouvaient immobiles,debout contre le mur,une dizaine de jeunes gens sous la garde d'un douanier allemand.
Le même jour,vers 17h,M.F,se rendant pour raison de service à l’Hôtel Édouard VII,a trouvé les mêmes détenus toujours contre le mur ,exténués de fatigue.
Sans aucun doute, ce genre de mesures disciplinaires est pratiqué pendant des journées entières jusqu'à complet épuisement des prisonniers.
On a, d'autre part,prétendu,mais il est difficile d'apporter des preuves,le personnel du Service de l’Hôtel étant tenu au secret le plus absolu,que des détenus,hommes et femmes,auraient été laissés 4 et 5 jours sans nourriture.
Notons à ce sujet que les repas donnés aux prisonniers de la douane sont des plus sommaires et ne correspondent nullement aux 28 Fr par jour et par détenu qui sont versés directement par la Préfecture au C  de la douane qui se charge de la préparation de la nourriture des prisonniers.
Il y a là certainement une exploitation qui parait devoir rapporter de substantiels bénéfices aux policiers,au détriment des détenus.
Il n'est pas inutile de signaler que l'un des Agents de la Gestapo de la douane qui montre le plus de dureté à l'égard des détenus est un français originaire du Pays Basque,boucher de son métier,qui se nomme D.E
Nota:Le prénom et nom de ce français originaire du Pays Basque , sont les seuls a être mentionnées en toutes lettres sur la note adressée au Préfet des Landes.

Archive consultable au Pôle de Bayonne et du Pays Basque sous la cote  E Dépôt Biarritz 4 H art 25 (1944-1947 Correspondance diverse )
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Pour aller plus loin

Dossier pédagogique AD64



Article associé du blog:
1940: "Ce qu'il faut savoir de l'armée allemande",un guide édité près de la " Maison Blanche " à Biarritz