mardi 5 février 2019

Réflexions à propos d'une tribu de gitans dans un village proche de Pau

Pau,le 15 septembre 1940

L'Inspecteur Primaire
A Monsieur l'Inspecteur d'Académie des Basses-Pyrénées       

Monsieur l'Inspecteur d'Académie,

Je crois devoir vous signaler les conséquences,en ce qui concerne le service scolaire et,d'une façon générale,l’œuvre d'éducation qui revient à l'école,de la présence ,à BORDES,d'une importante tribu de "gitanes". 
Quelques uns des enfants de cette tribu fréquentent -irrégulièrement d'ailleurs-les classes.Mais on peut évaluer à 40 au moins,le nombre de ceux qui échappent totalement à la loi,en dépit de maint rappel.Et il faut ajouter que leur présence dans les écoles poserait un très redoutable  problème,tant en ce qui concerne le risque de contagion (la malpropreté de ces petits étant extrême et leurs familles étant,visiblement,la proie de la syphilis et de la tuberculose) que sur le plan de la salubrité morale (car les mœurs des gitanes,dans les logements où règne la pire promiscuité,ne sont pas certes d'un exemple admissible).
Les jeunes gens de la tribu ont coutume de se rassembler sur la place,devant l'école des garçons et l'église.Ils donnent aux écoliers le spectacle de la paresse et de la mauvaise tenue,certains d'entre eux avaient même pris l'habitude de venir s'asseoir ,au soleil,sur le mur bas qui sert de clôture  à la cour de récréations;j'ai eu toutes les peines du monde à décider l'un de ces indésirables à quitter,hier,ce siège qu'il jugeait être à son service;il ne s'est ,finalement,éloigné,qu'en proférant des menaces.
Je n'ai pas à me poser la question de savoir si notre pays  peut,dans les circonstances actuelles,tolérer la présence,dans nos villages,de gens sans professions définies (les hommes sont des maquignons fort suspects),constituant un groupe fermé,et conservant leur langue (ce qui leur permet de causer entre eux sans le moindre risque d’être compris par le public) et des traditions aussi fâcheuses,sans doute,qu'occasionnellement pittoresques.Mon rôle se borne à signaler une situation qui,du point de vue de la législation scolaire,engage ma responsabilité.Je crois que la plupart des familles intéressées touchent de larges indemnités pour l'entretien de leurs nombreux enfants et que,par conséquent,une action coercitive serait relativement simple.Mais je rappelle que les mesures devront être prises si tous les petits qui se trouvent actuellement en contravention sont envoyés à l'école.:peut -être faudra-t-il envisager la création d'une classe spéciale.

Pau,le 15 septembre 1940
L'Inspecteur Primaire,
Signé:Dxxx

Inspection de l'Enseignement Primaire
PAU
(1 ere Circonscription)


Document consultable à Pau, Archives départementales des Pyrénées-Atlantiques
1031 W Art 91 Cabinet du Préfet.