26 juin 2023

Défense nationale

Pau,le 27 octobre 1870

Le Préfet à MM.les Sous-Préfets et Maires du département.

Messieurs,

Plusieurs de nos départements sont en proie aux horreurs de la guerre que nous fait un peuple de bandits.

La fureur des Prussiens s'est accrue par suite de leur impuissance à repousser les obstacles que Metz et Paris dressent devant eux.Aussi la rage des envahisseurs est-elle féroce dans les lieux où ils peuvent se précipiter.

Nos soldats, les gardes mobiles, les francs-tireurs, les gardes nationaux sédentaires, animés d'un courage que ni les fatigues ni aucun péril ne sont capables d'abattre, résistent aux barbares qui ravagent par le fer et par le feu une grande partie du sol de la France.

Mais quel que soit l'héroïsme de ceux qui, les armes à la main ,concourent à la défense nationale, il ne saurait suffire à tous les efforts que nous avons à faire pour sauver la Patrie.

Dans les contrées où le fléau de la guerre ne s'est pas encore appesanti par la dévastation et l'incendie, il faut que tous et chacun s'apprêtent à donner ce qu'ils peuvent fournir d'aide et de secours.

Que tous les points du territoire non encore envahi,des hommes de cœur se lèvent pour aller à la vengeance des atrocités commises par les envahisseurs, et pour laver dans le sang des Prussiens les souillures qu’ils ont faites à la France.Que les hommes qui restent dans nos contrées veillent sans cesse, se mettent en mouvement et s'exercent tous les jours, afin d'être en mesure de tenir tête à l'ennemi, s'il vient se jeter sur nous.Éloignés du théâtre de la guerre, nous sommes, en ce moment, à l’abri des coups dont nos concitoyens de l'Est et du Nord sont frappés si cruellement.Mais les hordes des Prussiens ne semblent-elles pas obéir à un ordre qui leur aurait été donné de s'abattre partout, pour tout piller et tout détruire.Soyons donc prêts à les repousser.

Il vous appartient, Messieurs,de rappeler à chacun qu'il a des devoirs à remplir, des sacrifices ,tous les sacrifices à faire pour assurer l'intégrité du sol de la France et sauvegarder l'honneur de la République.C'est aux administrateurs du pays _et je prends la recommandation pour moi-même _c'est aux administrateurs du pays qu’il appartient, dans les circonstances périlleuses, en excitant, poussant les autres, de montrer vigoureusement que nous savons conformer nos actes à nos paroles .Il ne faut point qu’il y ait ici une ville, une commune rurale,un hameau, qui n'oppose la plus énergique et la plus tenace résistance.

Nous avons à protéger,à défendre nos familles, nos foyers et nos champs.L'intérêt donc nous commande d'être sans cesse sur le qui-vive et très fermement résolus aux combats acharnés.

Mais ce n'est point l’intérêt seul  qui doit vous donner du courage et des forces.Des sentiments plus élevés excitent vos âmes : le patriotisme et l'honneur.C'est à ces sentiments que je m'adresse.Nous combattons pour l'indépendance de la Patrie ; des Français ne sauraient subir  le joug de l'Étranger ; vous voulez être libres dans une Patrie libre ;tous vous combattrez.

Après les héroïques exemples donnés par des villes ouvertes, telles que Châteaudun,St-Quentin et plusieurs autres, par des villages mêmes que gardaient seules des compagnies de pompiers, il est d’absolue nécessité que chaque ville, chaque commune paie sa dette à la défense nationale.Le Gouvernement a déclaré que les villes et les communes qui se rendraient sans avoir tenté et poursuivi la résistance, seraient dénoncées à la France par le Moniteur .

C’est le déshonneur !Pas un Béarnais,pas un Basque j'en suis sûr ,ne voudra faire infliger cette marque d'infamie à notre généreux pays.

 Recevez, Messieurs, l'assurance de ma considération très distinguée.

Le Préfet des Basses-Pyrénées.

J.-R.NOGUÉ

Source :
Pôle d’archives de Bayonne et du Pays basque,
Annexe des Archives départementales des Pyrénées-Atlantiques
39 Avenue Duvergier de Hauranne,
64100 Bayonne,
Bibliothèque (consultation sur place uniquement)
BIB BAB 1.article 1870
Actes administratifs de la Préfecture des Pyrénées-Atlantiques