25 mai 1944
Biarritz-Bayonne
Dans le cadre d’une procédure engagée à l'encontre de Jean Guilbeau ancien agent de l’Abwehr Biarritz (1943-1944), deux fonctionnaires de police de Bordeaux,anciens résistants, sont interrogés sept ans après.
10 MAI 1951 déposition du témoin QUEFFELEC René 46 ans, inspecteur principal à la 7 e Brigade Régionale de Police Régionale de Police Judiciaire à Bordeaux
« Pendant la guerre, je ne me suis jamais attaché à détecter l’activité de GUILBEAU, que je savais être un des principaux agents du groupe action P.P.F. de Bayonne, et la région du Sud-Ouest.
Je n’ai eu, qu’en deux circonstances seulement, l’occasion d’avoir affaire à lui ou à son groupe.
La première fois ; au début de mai 1944, j’avais un soir, rendez-vous avec un jeune Inspecteur des Renseignements Généraux de Dax, André BOUILLAR, au bar « Choko » , situé sous les arceaux à Bayonne. BOUILLAR, à cette époque, était déjà en fuite et recherché par les diverses polices allemandes. En allant à ce rendez-vous, vers 22 heures, j’ai rencontré BOUILLAR, près de la cathédrale, ensemble nous sommes descendus jusqu’au « Choko bar ». Comme à notre habitude, nous n’y sommes pas entrés par la porte de la façade, mais par la porte du couloir de l’immeuble contigu au bar, couloir qui, à son extrémité, donnait accès à une petite salle arrière, disposée en cuisine.
Au moment même où je pénétrais dans le couloir, j’ai aperçu trois hommes, dont GUILBEAU, qui nous regardaient. J’en ai averti BOUILLAR et au lieu d’entrer dans l’arrière salle, comme c’était notre intention, nous avons monté l’escalier conduisant aux étages supérieurs. Personne n’étant entré dans l’immeuble derrière nous et nous étant assurés, quelques instants que le groupe n’était plus dans la rue, nous avons rapidement quitté les lieux. Or, quelques minutes plus tard, plusieurs grenades étaient jetées de l’extérieur, dans la salle du bar.
Quant à la seconde circonstance, GIRARD l’a parfaitement relatée dans sa déclaration ; je la confirme en tous points, j’ajoute qu’à cette époque, si le groupe GUILBEAU avait réussi à m’appréhender, mon arrestation aurait eu, en ce qui me concerne, des conséquences graves. Par la suite, moi-même recherché, j’ai quitté la région, et je ne me suis plus occupé du groupe GUILBEAU. »
Lecture faite, persiste et signe.
Compléments du blog:
En l'état des recherches,l'appartenance de Jean Guilbeau au groupe Action du Parti Populaire Français de Bayonne n'est pas prouvée.En revanche,Colombani et Lesgourgue appartenaient à cette formation politique collaborationniste.
9 juin 1944 ,mandat d’arrêt du juge d’instruction de Bayonne contre André JEANNE-BOUILLARSource:Le groupe André Bouillar-Jean Mouchet de Tarnos dans la résistance en Aquitaine
Texte de Jean Serres
Edité en 2003 par l’A.N.A.C.R. et les Amis de la Résistance de Tarnos-Seignanx (Landes)
27 février 1951, déposition du témoin GIRARD Bernard,40 ans, inspecteur principal à la Brigade de Surveillance du Territoire de Bordeaux.
En fonction à la 7 eme Brigade de Police Judiciaire à Bordeaux, de 1941 à 1944,exerçant principalement dans les départements des Landes et des Basses-Pyrénées j’ai eu connaissance à diverses reprises de l’activité pro-allemande exercée dans ce secteur, par GUILBEAU Jean, alias DERRANGER Guy et son équipe composée en majeure partie de membres du Groupe d’Action P.P.F. de Bayonne.
Mais en particulier, au cours du mois de mai 1944, j’ai eu à m’occuper de l’activité de ces individus dans les circonstances suivantes :
Par un rapport en date du 2 mai 1944, la Brigade de Police Judiciaire de PAU saisissait la Brigade de Police Judiciaire de Bordeaux d’une enquête concernant quatre individus non identifiés, qui, à bord d’une voiture automobile, s’étaient rendus coupables de vol à main armée et d’attentats, commis le 14 avril 1944, sur le territoire des communes de BASCONS et de MAURRIN (département des Landes zone non occupée).
En se présentant pour des maquisards et faisant ainsi de la provocation, ces quatre individus ont dérobé un jambon, les permis de circuler pour automobile déposés à la mairie de BASCONS et une somme de 7000 francs.
Certains indices fournis par la brigade PAU -automobile de marque « SALMSON » ayant une aile arrière endommagée et les lettres NM figurant sur la plaque minéralogique me permirent d’identifier ces quatre individus parce qu’ils s’étaient arrêtés dans un garage de MONT DE MARSAN et parce qu’ils avaient couché dans un hôtel de cette ville.
Ces quatre individus étaient :
GUILBEAU Jean né le 21-2_1917 à PARIS (14°) de Pierre et de DUTEIL Suzanne, se disant Inspecteur de l’Organisation TODT, domicilié à BIARRITZ (…)
COLOMBANI Roger François, né le 2-6-1912 à AULNAY-SOUS-BOIS (Seine et Oise) de Pierre et de Marie OTIGER, décorateur, domicilié à BIARRITZ (…)
LESGOURGUES Robert, né le 7-9-1912 à BAYONNE, de feu Célestin et de Marie DUPUY, représentant, domicilié à BAYONNE (…)
LABEGUERIE Jean-Pierre, né le 6-12-1921 à STE MARIE DE GOSSE (Landes), domicilié à BAYONNE.
La voiture automobile ayant servi à l’expédition était de marque « SALMSON », immatriculé 8753 NM 3, appartenant à Mr BIDEGARAY Jules, cordonnier domicilié à BAYONNE, avenue de la Légion Tchèque.
Muni de ces preuves, je me rendis au Parquet de PAU, compétent pour la portion du département des Landes située en zone non occupée, le juge d’instruction de PAU, cabinet N°1, me décerna une commission rogatoire, en date du 23 mai 1944, contre X….,sous l’inculpation de vol qualifié et détention d’armes et me remit quatre mandats d’amener contre les nommés GUILBEAU, COLOMBANI, LESGOURGUES et LABEGUERIE.
Ayant des perquisitions et saisies à faire et n’ayant pas à l’époque la qualité d’officier de police judiciaire, je rendais compte de mes diligences à mon chef de service qui désigna mon collègue QUEFFELEC René, Inspecteur Principal, officier de police judiciaire, pour continuer l’enquête avec moi.
Le 25 mai 1944, QUEFFELEC et moi nous sommes présentés au domicile de COLOMBANI Roger, (…) à BIARRITZ, afin de procéder à une perquisition et d’exécuter le mandat d’amener délivré à son encontre. COLOMBANI, absent, nous avons été reçus par sa femme, à laquelle nous avons décliné nos qualités en lui exhibant nos cartes professionnelles et nous lui avons donné lecture de la commission rogatoire. Nous avons ensuite procédé à une perquisition en sa présence. La bonne de COLOMBANI s’est absentée et est revenue quelques instants après avec une femme blonde qui s’est montrée très arrogante et que nous avons invitée à se retirer. Nous avons appris par la suite qu’il s’agissait de la femme de LESGOURGUES, co-inculpé.
Peu de temps après, COLOMBANI téléphonait à sa femme pour lui dire qu’il arrivait dans une vingtaine de minutes. Nous avons décidé d’attendre le retour de COLOMBANI et nous sommes installés dans un fauteuil du salon. Après une demi-heure d’attente, quatre individus, dont COLOMBANI et LESGOURGUES ont fait irruption, revolver au point, dans le salon. Nous avons décliné à COLOMBANI nos qualités et lui avons montré la commission rogatoire et le mandat d’amener le concernant. Il a alors déclaré que nous n’avions pas le droit de l’arrêter car il travaillait pour les Allemands. Nous nous sommes mis d’accord pour aller s’expliquer devant le service allemand le plus proche de son domicile.
Nous nous sommes rendus, COLOMBANI, LESGOURGUES ,et les deux autres individus que nous connaissions de vue comme étant des P.P.F. de BAYONNE, à l’annexe de la FELDKOMMANDANTUR de BIARRITZ, cantonnée dans un hôtel situé près du CARLTON. Nous avons été conduits par COLOMBANI près d’un officier allemand qui nous a dit être Inspecteur du Service du Travail. Nous lui avons donné toutes explications et garanties et lui avons précisé qu’en vertu du protocole OBERG, étant en possession de mandats réguliers, nous avions le droit de procéder à l’arrestation de COLOMBANI et de LESGOURGUES. Cet officier allemand a téléphoné à un service et nous avons senti qu’il était disposé à nous laisser effectuer nos opérations, car il a fait un geste d’impuissance à COLOMBANI. C’est alors que ce dernier lui a demandé de téléphoner à Mr SCHROEDER à BORDEAUX que COLOMBANI a présenté comme son chef de service. L’officier allemand, après avoir eu la communication en allemand, nous a déclaré que nous devions nous retirer en laissant COLOMBANI et LESGOURGUES dans son bureau.
A 15 heures, le même jour, nous sommes passés au Commissariat de Police de BAYONNE, où le Commissaire ETIENNE (arrêté à la Libération) nous a dit que la GESTAPO de Bayonne voulait nous voir et qu’il était chargé de nous accompagner (ETIENNE parlait la langue allemande).Le Commissaire ETIENNE nous a conduits, QUEFFELEC et moi, à la villa Mont-Carmel, siège de la GESTAPO de Bayonne. Là, le chef de la gestapo WEINER, par le truchement d’un interprète (WARNER, je crois), nous demanda communication de notre dossier, nous reprocha de vouloir arrêter des agents allemands, alors que nous laissions tranquilles les maquisards et qu’il nous arrêtait. Il précisa que dans le cas présent, nous voulions arrêter quatre agents travaillant pour l’Allemagne, les conduire en zone libre (mandats d’amener à PAU) et les exécuter. Weiner nous fit dire qu’il nous connaissait depuis longtemps (principalement QUEFFELEC) comme des policiers gaullistes.
Enfin, après avoir discuté longuement, et surtout, je crois, parce que Mr ÉTIENNE, avait du faire remarquer à WEINER, que s’il nous gardait, c’est lui qui porterait la responsabilité aux yeux de ses collaborateurs, de nous avoir fait arrêter, WEINER nous laissa libres, mais se refusa à nous remettre notre dossier, contenant toute la procédure, la commission rogatoire et les quatre mandats d’amener.
Mr ÉTIENNE nous ramena en voiture au Commissariat de Police de Bayonne. A peine après avoir quitté ce fonctionnaire, nous montions au service de Sûreté, où deux collègues de ce service, CASTORENE et UHALDEGARRAY nous prévinrent, QUEFFELEC et moi, que les membres du P.P.F. de BAYONNE avaient pour ordre de nous arrêter et qu’ils gardaient les alentours de notre hôtel à BIARRITZ, le Pont St-Esprit et les gares de Bayonne et Biarritz. Nous sommes restés cachés, d’abord au service des Renseignements Généraux de Bayonne, par l’Inspecteur RENAUD, puis dans un hôtel par l’organisation de résistance BUCKMASTER.Le lendemain, matin, très tôt, par l’intermédiaire de ce réseau de résistance auquel nous appartenions, nous avons réussi à quitter BAYONNE, dans une ambulance et à rejoindre BORDEAUX.
Tous les faits relatés intéressent évidemment beaucoup plus COLOMBANI et LESGOURGUES que GUILBEAU, mais ce dernier n’est pas resté inactif pendant la journée du 25 mai 1944, car il était leur chef et avait été prévenu de notre présence chez COLOMBANI. Sa concubine, la nommée Gasse Renée, épouse PEYREFICHE, a d’ailleurs fait une déposition dans ce sens, lors de son arrestation. Elle a précisé que c’est Madame COLOMBANI qui l’avait prévenu par téléphone. GUILBEAU avait téléphoné à un service allemand (peut être la Gestapo de Bayonne) et était téléphoné àCOLOMBANI après notre départ la Feldkommandantur. C’est à cette occasion également que GUILBEAU aurait fait connaissance du Procureur de la République de BAYONNE, nommé ROUBERTIE, membre du Groupe d’action P.P.F. Mr ROUBERTIE était sans doute en liaison avec la Gestapo lorsque nous étions dans les bureaux de ce service. De plus dans l’esprit de la concubine de GUILBEAU, elle croyait que QUEFFELEC et moi-même avions été arrêtés, ce jour-là par la Gestapo et interrogé par le Procureur ROUBERTIE.
En résumé de l’enquête à laquelle j’avais procédé à MONT DE MARSAN et à BAYONNE, il était indéniable que GUILBEAU, COLOMBANI, LESGOURGUES et LABEGUERIE avaient commis les vols sur les communes de BASCONS et de MAURRIN (Landes z.n.o.).Le garagiste de Mont de Marsan avait formellement reconnu dans les photographies de GUILBEAU et de LESGOURGUES, les occupants de la voiture SALMSON. Le propriétaire de ladite voiture a reconnu avoir fait partie de cette expédition en compagnie de GUILBEAU, LESGOURGUES ,et COLOMBANI. Cette expédition avait pour but de repérer un maquis à ST JULIEN et de reconnaitre un terrain où les alliés faisaient des parachutages.
GUILBEAU a reconnu, lors de son arrestation à STRASBOURG, qu’il était sous les ordres du lieutenant SCHRODER Kurt, Lieutenant du Referat IIIF de l’Abwehrstelle de BORDEAUX, et c’est effectivement au lieutenant que COLOMBANI a demandé de s’opposer à son arrestation à BIARRITZ, le 25 mai 1944.
GUILBEAU avait le pseudonyme de DERRANGER, nom sous lequel le connaissait Mr BIDEGARAY ,Jules, propriétaire de la voiture « SALMSON » ayant servi à l’expédition de BASCONS et MAURRIN.
Cette déposition ne fait ressortir qu’une bien minime partie de l’activité générale de GUILBEAU, en faveur de l’ennemi, mais il existe aux archives de mon service, un dossier assez complet le concernant, que mon chef, le COMMISSAIRE PRINCIPAL de la Brigade de la Surveillance à BORDEAUX serait disposé à transmettre à Monsieur le Juge mandant ,si la demande lui en était faite, en cas d’opportunité. »
Lecture faite persiste et signe.
Source :
Archives nationales 5W/27
Dossier N°444/CSE Cour de Justice de Pau-Toulouse
GUILBEAU et autres (liasse 1 à 15)
Complément du blog
« Le sieur Roubertie a d’autre part ,depuis 1942,entretenu avec le P.P.F. et la Milice des relations si étroites qu'il a été considéré par beaucoup comme membre sinon comme chef de ces partis.Il est représenté notamment dans un rapport de police figurant au dossier comme ayant constitué avec le P.P.F une police dont il était le chef et qui recherchait surtout les membres de la Résistance.Il n'est pas inutile de noter que suivant une expression de Roubertie lui-même ,le P.P.F. était devenu à Bayonne en 1944 une sorte de police auxiliaire allemande.
Roubertie recevait journellement, à son bureau les Chefs du P.P.F. .Il se rendait parfois au siège de ce parti, ou au bar tenu par l'un d'entre eux (Chxxxx) recevait parfois les membres de ce parti à son domicile particulier, s'exerçait au tir au revolver au stand du P.P.F,achetait des grenades allemandes aux membres du P.P.F. qui en détenaient.Il était si intimement mêlé à l’action et aux responsabilités des chefs du P.P.F. que lorsque ceux-ci le 20 août 1944, décidèrent de gagner l'Espagne à la suite de l'assassinat d'un d'entre eux(1),ils firent prévenir Roubertie pour que celui-ci se joigne à eux.Après avoir réfléchi une nuit,Roubertie refusa,mais parut le regretter huit jours plus tard,au moment de son arrestation. »
(1) Gaston Pialloux abattu par des inconnus le 18 août 1944.
Source:AD 47 -1738 W 81- Dossier N°837Extrait publié le 2 septembre 1920 Précisions sur Bayonne sous Vichy et l’occupation : le détour par Agen _Contenu N°1
Par ailleurs,les archives départementales de la Haute-Vienne proposent un fonds numérisé concernant uniquement les demandes de carte d'identité entre septembre 1939 et 1940, conservées sous les cotes 4 M 383 à 427.
Demande de carte d'identité d’Émile ROUBERTIE 4 M 383-246
Billets du blog
Lesgourgue Jean Robert né le 17 septembre 1912 à Bayonne.
Un article de Ralph Soupault sur des militants P.P.F de Bayonne-Biarritz
Quelques liens avec Jean Guilbeau agent de l’Abwehr Biarritz (1943-1944)
Une affaire méconnue d’épuration extrajudiciaire, le cas de l’inspecteur Paul Dassé
2 eme partie Une affaire méconnue d’épuration extrajudiciaire, le cas de l’inspecteur Paul Dassé
22 septembre 1943 arrestation par les Allemands du couple Ybarnégaray